Rencontre avec Panda Bear et Sonic Boom : Juste la fin du monde ?
- il y a 21 heures
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Il y a des rencontres qui ne devraient, en toute rigueur météorologique, jamais avoir lieu : on ne s'assoit pas face à deux hommes pour parler de flou, de vitesse intérieure et de compulsions inexplicables, un jour où l'air lui-même semble avoir renoncé à sa fonction, un jour de canicule de fin juin où la ville entière tremble sur pied comme au sortir d'une insolation. Et pourtant, c'est précisément cette torpeur commune, ce sol qui se dérobe sous la pensée autant que sous les pas, qui a rendu la conversation possible — presque nécessaire. Car A ? Of When, le second disque de Panda Bear et Sonic Boom sorti vendredi, est lui-même un objet qui vacille, qui ondule, qui vous fait perdre l'équilibre sans jamais vous faire tomber tout à fait ; une bonne partie de la critique britannique, en le découvrant, a d'ailleurs eu recours à des images cliniques, le vertige, l'étourdissement, la sensation d'un corps qui tangue après trop de soleil , cette impression d'être encore dans la chaleur, étourdi, chaque bruit trop fort, avec des couleurs qui flottent devant les yeux. Coïncidence troublante, donc, que d'avoir posé nos questions à Noah Lennox et Pete Kember précisément dans cet état d'hébétude collective : la canicule comme condition d'écoute, presque comme clé de lecture.
Ce disque ne cherche pourtant pas la confusion pour elle-même. Il la traverse pour en tirer quelque chose de tenu, de presque tendre. Là où Reset, leur premier album commun, sculptait la nostalgie à partir de boucles pop oubliées, A ? Of When déplace le geste : la harpe de Mary Lattimore, capturée presque par hasard lors d'une balance, devient le squelette de plusieurs morceaux, tantôt beauté minimaliste, tantôt pluie fine entre les nuages de pedal steel et les nappes synthétiques, tandis qu'un parfum de western spaghetti s'invite par touches de mariachi et d'écho de yodel lointain. On a pu dire de l'ensemble qu'il constituait la meilleure synthèse imaginable entre la pop surf des sixties et l'exubérance psychédélique de Merriweather Post Pavilion d’Animal Collective, formule séduisante, sans doute un peu commode, mais qui dit bien à quel point le disque refuse de choisir son camp, entre la clarté solaire et l'inquiétude sourde qui la mine de l’intérieur.Â
C'est cette même hésitation qui traverse l'entretien qui suit. On y parle de tout ce que la lumière révèle et de tout ce qu'elle dissimule : du doomscrolling comme nouvelle forme d'hébétude collective, de l'IA comme boue et pente glissante, du placebo comme preuve que la croyance précède parfois le réel, d'un vieux rêve de disque uniquement fait de voix et de percussions, d'une chanson-signal qui, un jour de révolution portugaise, a suffi à faire basculer un pays. Rien de tout cela n'est anecdotique : c'est la matière même dont est fait l'album, cette manière propre à Panda Bear et Sonic Boom de ne jamais ignorer ce qui nous ronge tout en refusant obstinément le renoncement, en choisissant l'espoir précisément là où tout semblait perdu. Refuser le streaming, distribuer des autocollants qui invitent à se désabonner d'eux : le geste est presque comique, il est surtout cohérent, jusqu'à même l'ironie assumée de nos deux comparses reconnaissant avoir gagné plus d'abonnés le jour où il demandèrent qu’on les oublie.Â
Il faut dire un mot, aussi, de cette manière si particulière qu'ont Panda Bear et Sonic Boom de choisir leurs complices : Daniel O'Sullivan, Zena Kay, les cordes et le mariachi mexicains de Cutberto Pérez, la pedal steel dénichée un soir de concert par pure alignement des astres, rien ici ne relève de l'accumulation calculée, tout obéit à une économie du juste geste, comme si chaque musicien convoqué devait apporter moins un savoir-faire qu'une présence, une manière d'habiter le son. On retrouve, dans cette dramaturgie de la rencontre, l'écho exact de ce que le duo raconte de son propre processus : des boucles envoyées d'un continent à l'autre, seize sur vingt abandonnées en chemin, l'autre laissée à l'instinct de l'autre pour qu'il en fasse ce qu'il veut — un art de la confiance presque aveugle, où il ne s'agit jamais de contrôler ce que l'autre en tirera. Et c'est précisément cette même logique, cette même absence de prise, que l'on retrouve dans le rapport que les deux hommes entretiennent avec leur propre œuvre une fois qu'elle existe : on ne décide pas quel disque deviendra un jour aimé, on ne gouverne pas la manière dont il résonnera chez l'autre, on se contente d'ouvrir une conversation et d'espérer, sans l'exiger, qu'elle se poursuive.
Cette hospitalité au hasard trouve peut-être son image la plus juste dans le mythe du papillon happé par la flamme qui donne son titre à l'un des morceaux les plus habités du disque : pourquoi se brûle-t-on à ce qu'on sait pourtant dangereux, que ce soit un écran, une addiction ou un amour. La question, on le sent bien à l'écoute de l'album comme à celle de l'entretien, n'appelle aucune réponse définitive, elle appelle simplement à continuer de la poser, encore et encore, avec cette même lucidité tranquille, ce même refus de l'happy end facile qui a toujours été la marque des grandes œuvres tragiques. Peut-être est-ce là , au fond, la vraie promesse de A ? Of When : non pas nous dire ce qui va arriver, mais nous apprendre à habiter, avec un peu plus de grâce, l'attente elle-même.
On pourrait se contenter de dire que c'est un grand disque de l'été, l'un des duos les plus ahurissant de la pop psychédélique livrant une nouvelle bande-son estivale de tout premier ordre, et ce serait déjà beaucoup. Mais ce qui frappe, à l'écoute comme à l'écoute de leurs propres mots, c'est la constance d'une éthique : ne jamais céder à l'expectative, ne jamais exiger du monde ou de la chanson qu'ils produisent un effet garanti, et pourtant continuer, obstinément, à croire qu'une conversation bien menée, qu'elle prenne la forme d'un morceau, d'un autocollant ou d'un après-midi de canicule passé à parler avec deux hommes confus et lucides, peut encore, un peu, changer la température du monde.

© Pauline Mugnier
CNB : A ? of When (à lire comme A Question of When) s'ouvre comme une question suspendue dans le temps. Le titre lui-même porte une forme d'incertitude. Avez-vous composé cet album en habitant ce flou, ce sentiment que plus personne ne sait vraiment ce qui est en train de se passer ?
Panda Bear : Je pense que oui, c'en est effectivement le reflet, ou du moins une manière de refléter ce sentiment. C'est tout simplement ce que ça fait d'être vivant aujourd'hui, à une époque où tout paraît si chaotique et si confus.
Sonic Boom : J'ai le sentiment qu'on est à l'aube de grands bouleversements, dans nos sociétés comme à l'échelle de la planète. Je le vois partout : en Albanie, en Amérique du Sud, un peu partout dans le monde. Les gens en ont vraiment assez de se faire berner de façon aussi flagrante, aussi grossière. Les politiciens ont toujours agi ainsi, mais aujourd'hui, c'est devenu presque psychédélique tant tout cela paraît délirant. Et je pense qu'un changement va finir par arriver. Lequel ? Ça, personne ne le sait encore. Mais c'est précisément de là que vient le titre : ce n'est plus une question de « si », c'est une question de « quand ». Je crois que ce changement est inévitable. À ce stade, j'ai du mal à imaginer qu'il puisse en être autrement. Quant à savoir ce qui va réellement se produire… qui peut le dire ?
CNB : Sur votre premier album commun, Reset, vous sculptiez des boucles à partir de vieux disques oubliés. Ici, vous faites appel à la harpe de Mary Lattimore, aux steel drums, à la pedal steel ou encore aux cuivres mariachi. D'où vient ce désir d'aller chercher des sonorités que l'histoire semble avoir reléguées aux oubliettes, comme si vous vouliez réhabiliter ce que le canon musical avait eu tort de négliger ?
Panda Bear : En réalité, on trouvait simplement que c'étaient des sons incroyablement beaux. Ils ont quelque chose de vraiment particulier, une ambiance très singulière. Je ne crois pas qu'on se soit dit : « Allons chercher tout ce qui n'est plus à la mode. » En revanche, tous ces sons, toutes ces textures que nous trouvions fascinants et que nous voulions intégrer d'une manière ou d'une autre dans notre musique se sont révélés être des éléments un peu décalés, un peu étranges. On a aussi eu la chance de pouvoir travailler avec des musiciens qui maîtrisaient parfaitement ces instruments. Mary, par exemple, on la connaissait déjà très bien. Quant à moi, j'ai fait de mon mieux avec le steel drum, mais je suis loin d'en être un maître.
Sonic Boom : Je pense qu'il y a quelque chose de très plaisant à utiliser des éléments qui semblent complètement incongrus dans ce type de musique. C'était clairement une partie de l'attrait. Mais je crois surtout qu'on a choisi cette palette sonore parce qu'on aimait profondément ce que produisaient ces instruments. On ne voyait aucune raison de les exclure.
C'est parfois étrange. Je me souviens que sur Reset, lorsque j'ai enregistré ces espèces de voix graves inspirées du doo-wop, j'étais persuadé que tout le monde trouverait ça incroyablement ringard, totalement démodé. Et finalement, les gens ont adoré. C'était vraiment surprenant. Ça montre que certaines choses méritent simplement qu'on leur accorde un second regard.
Personnellement, j'ai toujours adoré le doo-wop, cette manière dont les voix dialoguent entre elles. J'aime ça depuis l'enfance. Pourtant, de toute ma vie, ce n'est jamais devenu quelque chose de véritablement tendance ou populaire. Alors c'est agréable de pouvoir ramener ce genre d'éléments dans notre musique.
Au fond, on fait surtout les choses pour nous-mêmes. Enfin… pas dans un sens égoïste. Je ne pense pas qu'aucun de nous deux soit particulièrement possessif avec ses idées. Il arrive qu'une chanson que je pensais garder pour moi parle soudain énormément à Noah, et je suis très heureux de la lui laisser. De son côté, Noah me laisse parfois arranger certaines parties, travailler sur ses harmonies vocales ou réorganiser différents éléments. On entretient une très belle dynamique de travail.
J'aime beaucoup l'idée d'introduire ce genre de choses et de voir où elles nous mènent. On cherche toujours quelque chose de nouveau, tout en essayant de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Mais on cherche aussi de l'eau fraîche.
CNB : Pete, vous avez rencontré Mary Lattimore pendant la tournée de Reset. Vous avez enregistré sa balance en direct, puis découpé ses improvisations en une vingtaine de boucles que vous avez ensuite envoyées à Noah. Il y a quelque chose du don dans cette démarche : offrir une matière première pour que quelqu'un d'autre la transforme. Est-ce ainsi que vous travaillez ? En vous transmettant mutuellement des éléments que l'autre façonne ensuite en quelque chose de nouveau ?
Sonic Boom : Oui. En fait, j'avais déjà parlé avec Noah de l'idée d'utiliser une harpe, d'aller chercher des sonorités un peu américaines, ainsi que quelques autres pistes dans cette direction. Mais tout ce que je pouvais réellement faire, c'était créer des boucles. C'est exactement ce que j'avais déjà fait sur Reset. Certaines fonctionnaient, d'autres non. Celles qui lui parlaient, tant mieux.
Pour les enregistrements de Mary Lattimore, sur les vingt boucles que j'ai réalisées, seize n'ont finalement pas été utilisées. Il fallait donc en produire beaucoup pour qu'il y en ait suffisamment parmi lesquelles Noah puisse trouver quelque chose qui résonne vraiment avec lui, quelque chose sur lequel il sente qu'il pouvait construire.
C'est une conversation créative assez fascinante. Et je pense que c'est une manière de travailler relativement inhabituelle.
Panda Bear : Tout ce qu'elle a enregistré ce jour-là provient vraiment d'une seule session ?
Sonic Boom : Ce n'était même pas une journée entière. À peine une heure.
Elle était venue jouer au Portugal, dans un palais situé près de chez moi. On lui a demandé si elle accepterait qu'on profite d'environ une heure de sa balance, et on a simplement enregistré pendant qu'elle préparait son concert.
Ensuite, bien sûr, j'ai fait tout le travail de montage, de découpage, d'organisation. Mais oui, c'était l'un de ces moments où les rouages du destin semblent soudain parfaitement s'emboîter. Elle se trouvait justement dans la région, elle avait un peu de temps devant elle. Notre ami Osvaldo, avec qui nous travaillons sur le son, vit lui aussi dans le coin, ce qui lui a permis d'installer très rapidement un dispositif d'enregistrement.
Tout s'est aligné par un heureux hasard.
Et même à ce moment-là , nous n'avions aucune idée de ce que cela pourrait donner. Mais oui, c'est un processus fascinant, une manière de travailler assez singulière. Comme je le disais, je pense qu'elle est plutôt inhabituelle.
CNB : Noah, il y a quelques années, à l'époque de Panda Bear Meets the Grim Reaper, vous nous disiez rêver d'un disque composé uniquement de percussions et de voix. Cet album repose justement sur des sources percussives inattendues, où la harpe ou les steel drums deviennent presque des instruments rythmiques. A ? Of When représente-t-il, d'une certaine manière, la concrétisation de ce vieux rêve ?
Panda Bear : D'une certaine façon, oui. Mais j'aimerais quand même aller encore plus loin un jour et respecter cette idée de manière beaucoup plus stricte. Parce qu'il reste encore énormément d'éléments mélodiques sur cet album. J'aimerais vraiment réaliser un disque constitué uniquement de voix et de percussions. Peut-être un jour.
Sonic Boom : Quand tu avais formulé cette idée, ça m'avait fait réfléchir. Je me suis dit qu'en utilisant des instruments comme le marimba ou le steel drum, on pouvait rester dans quelque chose de profondément percussif tout en conservant une dimension mélodique. Ce n'est pas incompatible.
La plupart des gens ne considèrent pas une batterie comme un instrument mélodique, alors qu'en réalité elle possède elle aussi des hauteurs, des tonalités. C'est simplement une manière un peu plus large d'envisager la musique.
C'est une remarque que Noah avait faite vers la fin d'une session, et cette idée m'est restée en tête.
Panda Bear : Au fond, c'est un peu ce qu'on fait ici… sauf qu'on triche encore. Ce n'est pas encore la vraie version de cette idée.
CNB : Parlons Yodel. Noah, Pete vous envoie un vieux morceau de yodel découvert en Suisse, et vous décidez de vous y essayer. C'est une chose de s'approprier un instrument inhabituel ; c'en est une autre de s'aventurer dans une forme vocale aussi codifiée que le yodel. Comment parvient-on à se libérer de l'autocensure dans ces moments-là ?
Panda Bear : Je crois que le secret, c'est justement de ne pas trop réfléchir. Il faut simplement se laisser aller. Être aussi désinhibé que possible. Et puis, au pire, on peut toujours abandonner l'idée si elle devient vraiment trop embarrassante.
Même quelqu'un comme Hank Williams, dont je suis un immense admirateur, utilisait souvent des inflexions proches du yodel. Je me suis donc dit que je pouvais peut-être en proposer ma propre version. Et qu'ainsi, ce serait peut-être un peu moins intimidant.

© Pauline Mugnier
CNB : "Never Giving In" ouvre l'album comme un chant de résilience, presque de résistance. "A Graveyard" le referme en regardant la mort droit dans les yeux, avec un sourire qui tient presque du rictus. Cela dessine un véritable arc narratif. Pensez-vous vos albums comme des voyages émotionnels, ou bien est-ce quelque chose qui ne se révèle qu'après coup ?
Panda Bear : Je dirais que c'est un peu les deux. Parfois, j'y réfléchis davantage que d'autres fois. D'ailleurs, je n'avais même pas vraiment remarqué ce lien entre le début et la fin que vous venez de souligner. Peut-être que Pete l'avait vu avant moi.
Pour moi, c'est davantage une sensation que l'on cherche à atteindre. Ce n'est pas vraiment un exercice intellectuel consistant à construire une histoire de manière consciente. C'est plutôt une question d'impression générale : on essaie que l'enchaînement des morceaux procure le sentiment d'un voyage, d'une traversée. Toi et moi, on a d'ailleurs des approches assez différentes du séquençage. Comment est-ce que tu vois les choses ?
Sonic Boom : Je pense que le récit aurait pu être construit de nombreuses façons différentes selon l'ordre des morceaux. Le séquençage est toujours une étape passionnante, parce que tant qu'on ne possède pas réellement toutes les chansons, on ne sait pas exactement ce qu'on a entre les mains. Une fois que tout est là , il faut trouver la meilleure manière de le présenter, de l'assembler, de faire en sorte que l'ensemble tienne debout.
Je ne sais pas si tout le monde accorde autant d'importance à cette étape. Certains y réfléchissent beaucoup plus que d'autres. Mais, à mes yeux, le séquençage est vraiment essentiel. Nous vivons aujourd'hui à une époque où chacun peut réorganiser un album à l'infini, supprimer des morceaux, en mélanger d'autres, construire sa propre version. La plupart des gens ne le font sans doute pas, mais certains le font réellement.
Panda Bear : J'ai aussi l'impression que beaucoup de gens n'écoutent plus vraiment les albums dans leur intégralité. On est davantage dans une culture de la chanson que dans une culture de l'album.
Sonic Boom : C'est quelque chose que j'avais déjà remarqué il y a longtemps. Quand je travaillais avec MGMT, je regardais leur iTunes ou leur iPod. Ce sont des musiciens incroyablement talentueux, avec un goût musical exceptionnel. Pourtant, je me demandais toujours : comment pouvez-vous n'avoir qu'un seul morceau de cet album ? Cet album entier est un chef-d'œuvre. Comment peut-on en extraire seulement une chanson ? Je pense que tout cela est intimement lié au streaming. Ce format fonctionne très mal avec l'idée même de l'album. D'une certaine manière, il la fragilise.
Pourtant, depuis l'apparition du disque longue durée, à la fin des années 1950, les artistes ont très vite commencé à penser leurs œuvres comme des ensembles cohérents. Pas tous, évidemment, mais certains réalisaient déjà de véritables chefs-d'œuvre quelques années seulement après l'invention du format. Joe Meek en est un très bon exemple. I Hear a New World, qui est aujourd'hui considéré comme un classique redécouvert, ne contient pratiquement aucun single. Il est entièrement pensé comme une expérience globale.
Personnellement, j'ai toujours aimé les albums dans cette dimension-là : comme un voyage, comme une expérience complète. Je pense souvent à Laurie Anderson. Quand O Superman est devenu un énorme succès, je me suis demandé ce qui était en train de se passer. Puis j'ai découvert Big Science dans son intégralité, dans son contexte, et là , ma mâchoire est littéralement tombée. Je me suis dit : « Waouh… Putain. » C'est précisément ce genre d'expérience qu'on risque de manquer lorsqu'on isole simplement une chanson sans s'intéresser au contexte plus large dans lequel elle s'inscrit.
Je sais bien que cette manière de voir les choses n'est plus forcément la plus à la mode aujourd'hui. Mais je ne crois pas qu'elle disparaisse. J'ai le sentiment que la plupart des artistes continuent, malgré tout, à penser leurs albums de cette façon.
CNB : Mais je pense aussi que c'est une pièce incontournable de cet album de Laurie Anderson.
Sonic Boom : Oui, absolument. D'ailleurs, je me demande : vous connaissez United States Live ? Cette œuvre beaucoup plus vaste dont tout cela est issu, ce spectacle qu'elle avait créé… C'est tout simplement incroyable. Honnêtement, je ne crois pas que qui que ce soit ait déjà réalisé quelque chose de comparable.
Je trouve ça absolument fascinant à tellement de niveaux différents : la chorégraphie, l'instrumentation, les innovations technologiques, son irrévérence. On a vraiment l'impression qu'elle a balayé tous les codes existants pour ensuite les réinventer entièrement, et qu'en les reconstruisant, elle a créé quelque chose d'absolument extraordinaire. Comme je le disais tout à l'heure, je ne sais pas à quelle fréquence un tel phénomène se produit en musique. C'est quelque chose d'assez magique.
Et lorsqu'elle partait en tournée… J'ai quelque part un bootleg d'un de ses concerts. Elle a présenté ce spectacle en France… en français. Puis, lorsqu'elle est allée en Allemagne, elle l'a joué en allemand. Je veux dire, c'est complètement fou. Cette attention portée au moindre détail est tout simplement vertigineuse. Oui.
CNB : Cet album ne sera pas disponible sur les plateformes de streaming. Vous distribuez même des autocollants sur lesquels on peut lire : « Je me désabonne de Panda Bear et Sonic Boom. » C'est évidemment drôle, mais c'est aussi une prise de position assez radicale. Vivez-vous cela comme un geste politique ou simplement comme un choix esthétique, une manière de rester cohérents entre le fond et la forme ?
Panda Bear : Pour moi, c'est surtout une expérience. Je suis simplement curieux de voir ce qui va se passer. On entretient tous les deux des sentiments assez ambivalents à l'égard du streaming et des réseaux sociaux. Mais, pour cet album, l'idée était surtout de se dire : voyons ce qui se passe si on fait les choses autrement.
J'ai l'impression que, depuis que l'économie du streaming s'est révélée au grand jour, depuis qu'il est devenu évident à quel point ce modèle était déséquilibré, beaucoup de gens cherchent une nouvelle manière de faire circuler la musique. Et, pour l'instant, personne n'a réellement trouvé de solution satisfaisante. J'y vois donc une tentative de vérifier si une approche comme celle-ci peut fonctionner.
Sonic Boom : Il y a une expression qui s'est imposée dans le langage courant : doomscrolling. Rien que le fait que ce mot existe dit déjà énormément de choses. Il résume assez bien la manière dont les algorithmes ont fini par être conçus. Les réseaux sociaux, en eux-mêmes, ne sont pas forcément une mauvaise chose. Grâce à eux, j'ai rencontré beaucoup de gens. J'ai pu aider certaines personnes, d'autres nous ont aidés, Noah et moi, grâce à ces connexions. Mais j'ai le sentiment que tout cela est devenu profondément toxique.
Les entreprises qui se cachent derrière ces plateformes sont incroyablement toxiques, incroyablement manipulatrices, incroyablement corrompues. Elles ont été prises en flagrant délit de pratiques douteuses encore et encore. Et je pense que cela a été profondément néfaste. C'est ma conviction personnelle. Je crois que cela a fait énormément de mal à notre culture. Pour être créatif, je pense que la première chose dont on a besoin, c'est probablement de s'ennuyer profondément. Il faut accepter ces moments de vide.
Cela fait déjà une dizaine d'années que ça me frappe : on va quelque part, et tout le monde est absorbé par son foutu téléphone. Quand je me suis installé là où je vis aujourd'hui, au Portugal, j'ai eu énormément de chance de m'installer dans une région magnifique, au milieu d'une superbe petite chaîne de montagnes. Peu après mon arrivée, je suis allé au café du village. Il offre l'une des plus belles vues qu'on puisse imaginer.
Et là , il y avait une famille en vacances : les deux enfants et leurs parents. Ils étaient tous assis face à ce paysage extraordinaire… les yeux rivés sur leur téléphone, en train de faire défiler leur écran. Ils étaient plongés dans l'un des endroits les plus magnifiques qui soient, mais ils ne le voyaient même plus. Quand on est absorbé par son écran, on ne se connecte plus réellement au monde qui nous entoure.
Je sais que tout cela est extrêmement complexe. Bien sûr que ces questions sont complexes. Mais j'ai vraiment le sentiment que cela constitue une immense distraction pour beaucoup de gens. C'est aussi ce qui nous semblait intéressant à explorer.
Panda Bear : Et puis il n'y a plus vraiment de retour en arrière possible. On ne peut pas effacer tout ça. À ce stade, il faut composer avec le monde tel qu'il est et essayer d'en tirer le meilleur.
Sonic Boom : Je ne voudrais pas donner l'impression d'être un vieux luddite qui rejette toute technologie, mais, honnêtement, j'ai surtout vu des effets négatifs. Sur le plan culturel, je trouve même que cela a été dévastateur. Est-ce que je pense qu'on va changer le monde avec cette décision ? Non. En revanche, je peux vous dire une chose : le jour où nous avons demandé aux gens de se désabonner de nous, nous avons gagné davantage d'abonnés que n'importe quel autre jour de notre existence. Je vous assure que ce n'était absolument pas le plan. Mais l'ironie est assez savoureuse.
CNB : Votre publication la plus populaire aura donc été : « S'il vous plaît, désabonnez-vous de nous. »
Sonic Boom : Exactement. Parce qu'on n'a jamais dit qu'on quittait totalement les réseaux sociaux. On a simplement expliqué qu'on allait les réduire au strict minimum. En revanche, concernant le streaming, notre décision était de ne pas y être du tout. Ce qui m'amuse, c'est que certaines personnes ont commenté : « Pourquoi demandez-vous aux gens de se désabonner alors que vous continuez quand même à publier ? » Oui, j'ai effectivement publié quelques annonces concernant des événements bien réels. Mais c'est assez drôle parce que je leur avais aussi demandé de se désabonner… et ils ne l'ont pas fait. Ils ne se sont pas désabonnés, puis ils viennent ensuite me reprocher d'avoir posté quelque chose malgré tout. Je crois que, sur ce coup-là , je me suis un peu emmêlé les pinceaux.
Panda Bear : Ce n'est pas bien grave. Si cela pousse les gens à réfléchir à ce que produisent ces outils, à la manière dont ils influencent nos relations les uns avec les autres, alors je trouve que ça en vaut la peine.
Sonic Boom : Il y a eu énormément de soutien autour de cette démarche. Je crois que cela a touché quelque chose chez beaucoup de gens, parce que je pense qu'ils savent eux-mêmes qu'ils sont devenus, en partie, esclaves de leur téléphone. Leur cerveau a été reconfiguré. Je pense aussi que la période du confinement a profondément bouleversé le monde. J'ai le sentiment qu'en deux ans, nous avons vécu l'équivalent de dix années de transformations. L'une de ces transformations, c'est que tout le monde s'est retrouvé enfermé chez soi, souvent seul dans un appartement, et que les écrans sont devenus leur unique lien avec le reste du monde.
Rien que pour cette raison, je pense que cela a eu un effet incroyablement toxique sur l'humanité. Personnellement, je crois que les confinements ont été une énorme erreur. Je pense qu'ils ont fait plus de mal que de bien. Oui, c'est ce que je pense. Pour la santé mentale collective, les conséquences ont été immenses. Tous ces entrepreneurs de la tech et ces responsables politiques complètement fous n'étaient déjà pas particulièrement admirables auparavant. Depuis, j'ai l'impression que tout le monde est devenu complètement psychotique.
Tout s'est accéléré. Et certaines choses profondément répugnantes, comme la pédophilie, semblent avoir explosé, ou du moins être devenues beaucoup plus visibles depuis cette période. Je ne sais pas exactement pourquoi, ni ce qui s'est réellement passé. En même temps, j'ai aussi vu certaines personnes transformer leur existence de manière très positive. Elles ont commencé à reprendre leur vie en main, à faire des choix différents.
Et puis d'autres sont simplement devenus encore plus obsédés par la consommation. Ils sont sortis acheter une télévision plus grande, une voiture plus grosse. C'est ce que j'ai observé.

© Pauline Mugnier
CNB : "Like a Moth to a Flame" parle de nos habitudes, de nos compulsions, de cette force qui nous attire irrésistiblement vers les sources de lumière, même lorsque nous savons qu'elles risquent de nous brûler. Est-ce une métaphore des écrans, des notifications, des algorithmes, ou quelque chose de plus universel sur la nature humaine ?
Panda Bear : J'aurais plutôt tendance à y voir la seconde option. Mais c'est Pete qui a écrit les paroles de cette chanson.
Sonic Boom : Oui, je pense que c'est plutôt ça. Pourquoi un papillon de nuit agit-il ainsi ? Pourquoi fonce-t-il droit dans une flamme alors qu'il devrait bien savoir que cela va le tuer ? Pourquoi est-il irrésistiblement attiré par quelque chose qui lui est fatal ? J'ai souvent l'impression de retrouver exactement ce même mécanisme chez les êtres humains.
Et, bien sûr, cela peut faire écho à notre rapport aux réseaux sociaux, au streaming ou à toutes ces choses-là . Même lorsque les gens savent, au fond d'eux, qu'ils sont en train de se faire du mal, cela ne les empêche pas de continuer. Je crois que c'est un motif qui traverse constamment la nature humaine. On le retrouve déjà dans les grands mythes grecs, dans les tragédies antiques, qui cherchent toutes, d'une certaine manière, à donner une forme à quelque chose d'incompréhensible. Pourquoi les êtres humains agissent-ils ainsi ? Cela n'a aucun sens.
Alors on invente une histoire, une tragédie, une image, pour tenter d'approcher cette question. Le papillon attiré par la flamme me semble appartenir à cette famille de symboles : une manière de représenter ces compulsions inexplicables qui traversent l'humanité. Ce n'est donc pas une image destinée à parler uniquement des réseaux sociaux.
Elle peut tout aussi bien évoquer une relation amoureuse, une addiction ou n'importe quel autre type de comportement. Je pense qu'il existe énormément de principes universels. Il y a des idées qui traversent absolument tout. L'exemple que je donne souvent est celui de la troisième loi de Newton : à toute action correspond une réaction égale et opposée. C'est une loi physique. Or la physique est le langage qui décrit notre univers. Et je dirais que cette même logique se retrouve partout. Elle résonne à travers toutes les choses. Il existe beaucoup de principes universels de ce genre, et je pense que la plupart des gens ne perçoivent pas forcément ces correspondances, cette manière dont tout se prolonge d'un domaine à l'autre. C'est quelque chose qui me fascine énormément.
CNB : L'intelligence artificielle est évoquée dans votre communiqué de presse à travers une image très forte : l'IA devient de la boue, puis une pente glissante. Avez-vous rencontré l'IA dans votre propre processus créatif ? La voyez-vous comme une menace pour ce que vous faites ou simplement comme un bruit de fond dont vous préférez vous tenir à distance ?
Sonic Boom : C'est un sujet immense. Vraiment immense. On parle de l'IA dans les arts, en médecine… Aujourd'hui, elle est déjà intégrée jusque dans une simple recherche Google.
Panda Bear : Il est devenu très difficile d'y échapper complètement.
Sonic Boom : Il ne fait aucun doute qu'elle peut avoir des usages extrêmement utiles. Mais je ne pense pas que ce soit principalement ainsi qu'on l'utilise.
Panda Bear : Comme les réseaux sociaux, au fond, l'objectif principal de l'IA reste de générer de l'argent. C'est la logique vers laquelle toutes ces technologies semblent converger. Et j'ai l'impression que cela finit toujours par conduire à des endroits assez sombres.
Sonic Boom : Même sur le plan artistique. J'ai parfois le sentiment que cela ressemble à une tentative désespérée de personnes qui ont passé tellement de temps à faire défiler des écrans qu'elles ne trouvent plus vraiment en elles-mêmes ni inspiration ni idées. Elles pensent qu'en tapant quelques phrases dans une machine, quelque chose de magique va surgir. Pour moi, créer de la musique, travailler avec Noah, faire de l'art, tout ce qui fait le plaisir de ce métier, c'est exactement l'inverse. C'est un processus très long. Il se déploie dans le temps. C'est un voyage. Ce n'est pas quelque chose d'instantané. Ce n'est pas : « Qu'est-ce que j'obtiens aujourd'hui ? Allez, montre-moi. Miroir, mon beau miroir, donne-moi la réponse. » C'est beaucoup plus une conversation. Une interaction. Une construction lente.
Et je crois que c'est précisément là que naissent les plus belles choses de la vie. Elles ne surviennent pas parce qu'on attend qu'une réponse toute faite nous soit servie sur un plateau. Elles naissent des échanges, des rencontres, des interactions. Je pense que lorsque l'on avance dans le monde avec le bon état d'esprit, de belles choses finissent par arriver. Mais on ne peut pas sortir en exigeant qu'elles arrivent. Il faut simplement être disponible. Il faut accepter de souffrir un peu.
Panda Bear : Ou plutôt… je dirais qu'on ne peut pas vraiment apprécier la joie sans avoir aussi connu la souffrance. L'une ne va pas sans l'autre. Elles font partie du même ensemble.
Sonic Boom : Et j'aurais même tendance à dire que ce sont souvent les périodes les plus difficiles qui donnent naissance aux plus grandes musiques. Lorsque tout part en vrille, comme c'est un peu le cas aujourd'hui, j'attends des artistes qu'ils proposent une forme de commentaire sur ce qui est en train de se passer. Qu'ils témoignent de leur époque. Je pense que c'est important. À mes yeux, un artiste devrait essayer de produire quelque chose d'intéressant, de refléter le monde qui l'entoure. D'en devenir, d'une certaine manière… un baromètre. J'ai vraiment le sentiment que les grandes musiques naissent souvent dans les périodes les plus troublées.
CNB : Vous évoquez la manipulation politique parmi les thèmes de cet album. Avec Spacemen 3, votre engagement relevait davantage d'une politique de la conscience que de la barricade. Votre rapport à l'engagement politique dans la musique a-t-il évolué ? Croyez-vous encore qu'une chanson puisse changer quelque chose ?
Panda Bear : J'ai le sentiment de ne pas avoir d'ambitions particulièrement élevées quant à ce que la musique peut réellement accomplir. Si une chanson parvient simplement à illuminer la journée de quelqu'un, c'est déjà largement suffisant pour moi. Et puis, au fond, le simple fait de créer constitue déjà sa propre récompense. Je retire énormément de cette expérience pendant le processus de création lui-même. Le fait de partager cette musique avec les autres arrive presque comme l'aboutissement naturel de ce cheminement. Si les gens l'aiment, tant mieux.
Évidemment, j'espère toujours qu'elle pourra rendre quelqu'un un peu plus heureux ou produire un changement positif, même minime. Mais je n'attends certainement pas qu'elle accomplisse cela à elle seule.
Sonic Boom : Je ne pense pas que la musique change le monde. En revanche, je crois qu'elle accompagne les changements, qu'elle les met en musique. Il y a eu une révolution pacifique au Portugal dans les années 1970. Une chanson est devenue, en quelque sorte, celle de cette révolution…
Panda Bear : C'est elle qui a déclenché le mouvement.
Sonic Boom : Oui, c'était une sorte de signal.
Panda Bear : Ils ont diffusé cette chanson à la radio, et c'est ce qui a indiqué à tout le monde qu'il était temps de passer à l'action. À partir de là , tout a changé, presque du jour au lendemain.
Sonic Boom : Exactement. Parfois, une chanson peut jouer ce rôle-là . Elle peut faire partie du processus. Est-ce que cette chanson a créé la révolution ? Non. Les gens avaient déjà besoin que les choses changent. Ils étaient arrivés au bout de quelque chose. La chanson n'a pas provoqué cette situation ; elle l'a accompagnée.
Panda Bear : Ça me fait penser à ces personnes qui me disent parfois, et c'est toujours très touchant à entendre : « Tu m'as sauvé » ou « Ta musique m'a aidé à traverser une période très difficile. » À chaque fois, je me dis que ce n'est pas moi qui ai fait le travail. C'est eux. Je ne peux pas m'attribuer ce mérite. Ils devraient reconnaître tout ce qu'eux-mêmes ont investi dans cette expérience. Si ma musique a simplement servi de bande-son à ce moment de leur vie, tant mieux, mais…
CNB : Vous avez fait appel à des collaborateurs très particuliers : Mary Lattimore, Daniel O'Sullivan, Zena Kay, Cutberto Pérez de Mariachi 2000… Choisissez-vous vos collaborateurs pour leur instrument, ou bien pour leur énergie, pour ce qu'ils sont autant que pour ce qu'ils jouent ?
Panda Bear : C'est une très bonne question. Je dirais que c'est probablement un mélange de tout ça. Quelqu'un peut être un musicien absolument exceptionnel sur son instrument, mais si je le rencontre et que je le trouve antipathique, je n'aurai probablement pas très envie de travailler avec lui. Au final, tous ces aspects comptent.
Sonic Boom : Oui, je crois que c'est vrai. Personnellement, j'ai énormément d'admiration pour pour tous ces musiciens, pour le sérieux avec lequel ils se consacrent à la musique, pour ce qu'ils apportent humainement autant qu'artistiquement. Et puis il existait quand même un lien personnel.
Panda Bear : Ce sont le genre de musiciens qui me donnent presque l'impression de ne pas savoir ce que je fais. Je sais lire la musique, bien sûr, mais eux possèdent une maîtrise technique que je n'ai pas. Si vous me demandez de trouver un la sur une guitare, je serais incapable de vous dire immédiatement où il se trouve. Au piano, en revanche… là , je pense que je pourrais.
CNB : Noah, votre dernier album solo, Sinister Grift, répondait à une période personnelle très difficile. Il a été enregistré avec Deakin et portait une grande fragilité émotionnelle. Comment vivez-vous le fait de travailler simultanément sur des projets aussi différents ? L'un nourrit-il l'autre, ou parvenez-vous à les garder complètement séparés ?
Panda Bear : Non, ils sont toujours reliés d'une manière ou d'une autre. J'ai l'impression que chaque projet conduit naturellement au suivant. Même sur le plan vocal, il y a probablement des choses que j'ai découvertes sur Sinister Grift, des façons de chanter ou des intentions qui me plaisaient, et que j'ai retrouvées presque naturellement sur ce nouvel album. Au fond, tout cela fait partie d'un seul et même processus d'apprentissage, ou d'évolution. J'imagine que c'est le cas pour tout le monde. Sur le plan émotionnel, en revanche, j'essaie de ne pas trop intellectualiser tout ça.
On parlait tout à l'heure du yodel et de l'autocensure : je crois vraiment qu'il vaut mieux laisser les choses sortir telles qu'elles viennent. Bien sûr, ensuite, il y a un travail de montage, de sélection, de mise en forme. Mais, au départ, j'essaie d'être aussi direct que possible émotionnellement. Même si cela peut sembler un peu embarrassant. Même si cela peut faire mal, après coup. Au moins, c'est vrai. Et cette vérité-là compte énormément pour moi.
CNB : Pete, All Things Being Equal était un album consacré aux liens entre la mémoire, l'espace et la conscience, enregistré au cœur d'une réserve naturelle au Portugal. On retrouve une continuité avec ce que vous faites aujourd'hui : une attention portée au vivant, à ce qui dépasse l'humain. Comment la nature entre-t-elle dans votre musique, non pas comme un simple décor, mais comme une véritable matière ?
Sonic Boom : Comme une matière… Oui, je crois que c'est exactement ça. Il y a un morceau sur cet album, "Dreaming", qui est directement inspiré par Sintra, par les gens qui y vivent, par la magie de cet endroit. Je crois que vivre là -bas m'a profondément transformé. Je n'avais jamais vraiment jardiné avant de m'installer au Portugal, il y a une dizaine d'années. Et je me suis rendu compte que même moi, j'étais capable de faire pousser des plantes. J'ai découvert à quel point il était simple d'y cultiver certaines espèces plus exotiques, de vivre entouré de végétation, presque dans une petite jungle. C'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles j'ai quitté l'endroit où je vivais auparavant.
Je ne voulais plus ouvrir mes rideaux pour tomber immédiatement sur la maison d'en face. J'avais vécu comme ça pendant des années. J'en avais assez. Je voulais pouvoir regarder la lune traverser le ciel, et non plus seulement apercevoir un petit morceau de ciel coincé entre deux immeubles. Je crois que cela finit par influencer tout le reste.
Je ne sais pas si cela vaut grand-chose scientifiquement, mais on entend souvent dire que les patients hospitalisés qui peuvent voir la nature depuis leur chambre guérissent plus vite. C'est sans doute anecdotique. Mais j'y crois profondément. Je crois à cette idée. C'est un peu comme l'effet placebo, ou comme le fait de croire aux porte-bonheur. Il est difficile d'avoir de la chance si l'on ne se sent jamais chanceux. Je crois qu'il faut d'abord éprouver ce sentiment, et ensuite les choses commencent parfois à changer. Nous ne parlons pas vraiment de science. On est plutôt du côté du vaudou ou de quelque chose qui s'en rapproche. Mais justement, le placebo est sans doute le meilleur exemple. En médecine, c'est probablement l'un des phénomènes les moins bien compris. Et pourtant, sa puissance est extraordinaire. La plupart des médicaments sont évalués par rapport à un placebo. Cela montre à quel point ce phénomène est réel.
Alors oui, vivre dans un certain environnement influence forcément ce que l'on crée. Même lorsque je travaillais avec Noah sur Panda Bear Meets the Grim Reaper, j'ai réalisé une bonne partie du mixage en extérieur. Pas dans un studio fermé. Dehors. Au Portugal, puis en Espagne. Et c'était une expérience merveilleuse. Je suis convaincu que cela influence notre manière de travailler. Je crois que nous ressentons tous les deux que notre environnement nourrit directement notre musique.
Panda Bear : Je ne sais pas exactement ce que cela signifie, mais j'ai remarqué une chose assez drôle. Les musiciens qui passent leur temps à s'inquiéter d'une éventuelle panne de leur matériel sont toujours ceux dont le matériel finit par tomber en panne.
CNB : Vous avez expliqué vouloir privilégier la radio, les concerts, les séances d'écoute, les rencontres avec le public, toutes ces formes de connexion directe. Avez-vous déjà une vision de ce que sera la vie de cet album dans les mois qui viennent ? Craignez-vous que votre message peine à circuler sans les relais habituels ?
Panda Bear : Oui… Mais encore une fois, nous essayons simplement quelque chose. Nous observons ce qui se passe. Si cela peut encourager les gens à se retrouver physiquement, alors je trouve que c'est déjà une bonne chose. Je ne sais pas si cela fonctionnera. Mais, jusqu'à présent, cela semble plutôt bien se passer.
Sonic Boom : Oui, j'ai le sentiment que cela touche beaucoup de gens. Et je pense aussi que Noah et moi appartenons à une génération qui a connu les deux mondes. Nous avons vécu avant ce grand basculement, puis après. Depuis le tournant des années 2000, tout le monde s'est progressivement retrouvé connecté en permanence. Puis les smartphones, les iPhone et tout le reste ont encore accéléré ce phénomène. Quand je regarde certains effets que cela produit…
Je ne sais pas si vous connaissez le phénomène du catfishing. Je trouve ça profondément triste. Pendant le confinement, je regardais cette émission de MTV consacrée au sujet. Et j'étais complètement sidéré. Des gens passent des mois à parler avec quelqu'un, tombent amoureux d'une personne qu'ils n'ont pourtant jamais rencontrée, et qui, dans la réalité, n'a absolument rien à voir avec celle qu'ils imaginent. À mon époque, ça ne se passait pas comme ça. On rencontrait les gens au pub. On les voyait. On apprenait à les connaître dans la vraie vie. Les histoires d'amour naissaient parce qu'on partageait réellement le même espace. Ce n'était pas simplement une succession de selfies et de balayages vers la droite ou vers la gauche. Et, une fois encore, je ne crois pas que cette évolution ait particulièrement fait du bien à notre société. D'une manière générale, le confort finit souvent par nous nuire. Je crois que cela a toujours été vrai.
Les choses que nous faisons par facilité, celles que nous nous autorisons au nom du confort, sont souvent précisément celles qui créent les problèmes les plus importants à long terme.
CNB : En 1965, Spacemen 3 n'existait pas encore. En 1999, le premier album de Panda Bear est sorti exactement le même jour que le lancement de Napster. Une ironie presque cosmique. Aujourd'hui, en 2026, vous publiez un album en refusant le streaming. Qu'espérez-vous qu'il devienne avec le temps ? Et comment aimeriez-vous que vos auditeurs le reçoivent ?
Panda Bear : Je n'ai aucune attente particulière. Et je pense que Pete dirait la même chose... Je n'ai pas d'idée préconçue de la manière dont quelqu'un devrait vivre cette musique. Chacun y trouvera ce qu'il y trouvera. Et cela me va très bien ainsi.
Sonic Boom : Je ne crois pas que ce soit quelque chose que nous devrions chercher à contrôler. Pour moi, l'art est avant tout une conversation. C'est une manière de parler aux autres. De partager quelque chose. Et nous ne représentons qu'un seul côté de cette conversation. Nous ne pouvons pas contrôler ce qui se passe de l'autre côté. Et, d'ailleurs, je ne pense pas que nous devrions en avoir l'envie.
Bien sûr, on peut avoir des rêves ou des espoirs pour un disque. Mais, au fond, nous ne décidons jamais quel sera notre album préféré. Nous ne décidons pas non plus quel sera celui que les autres préféreront. Je repense souvent à mon expérience avec Spacemen 3.
À l'époque, Playing with Fire a rencontré beaucoup plus de succès que The Perfect Prescription. Avec le recul, l'histoire juge peut-être ces deux albums différemment aujourd'hui. Le temps réévalue toujours les œuvres. Mais je me souviens très bien m'être dit à l'époque : « Quel dommage que personne ne semble aimer le disque que, nous, nous trouvions vraiment extraordinaire. » Ce n'est pas que nous ne pensions pas que Playing with Fire était un grand disque. Simplement, toutes les attentes que j'avais placées dans The Perfect Prescription avaient été complètement balayées.
Alors, lorsque Playing with Fire est sorti, je n'avais plus vraiment d'attentes. Et, comme je le disais, nous ne décidons jamais de ces choses-là . Tout ce que nous pouvons faire, c'est rester fidèles à ce que nous avons envie de créer. J'imagine que c'est aussi ce que nous aimerions transmettre aux gens. Au fond, une grande partie de tout cela nous échappe.
Nous avons bien sûr une part de contrôle. Mais l'inspiration vient toujours de quelque chose qui nous attire profondément. C'est précisément pour cela qu'elle nous inspire. En revanche, nous ne pouvons jamais garantir que cette émotion traversera intacte la conversation qui s'engage ensuite avec les autres. Nous pouvons simplement l'espérer. Et j'ai le sentiment que, bien souvent, cela arrive malgré tout. Alors… nous verrons bien.

© Pauline Mugnier
A ? of When de Panda Bear et Sonic Boom est à retrouver partout en version physique depuis le vendredi 10 juillet 2026.
ENGLISH VERSION :
There are encounters that, strictly speaking meteorologically, should never take place: you don't sit down across from two men to talk about blur, inner velocity, and inexplicable compulsions on a day when the air itself seems to have given up on its function, a late-June heatwave day when the whole city trembles on its feet as if just emerging from sunstroke. And yet it is precisely this shared torpor, this ground giving way beneath thought as much as beneath footsteps, that made the conversation possible : almost necessary. Because A ? Of When, the second album by Panda Bear and Sonic Boom released on Friday, is itself an object that wavers, that ripples, that makes you lose your balance without ever quite letting you fall; a good portion of the British critics, upon discovering it, resorted to clinical imagery, vertigo, dizziness, the sensation of a body swaying after too much sun, that feeling of still being in the heat, dazed, every sound too loud, with colors floating before the eyes. A troubling coincidence, then, to have posed our questions to Noah Lennox and Pete Kember precisely in this state of collective daze: the heatwave as a condition for listening, almost as a key to interpretation.
Yet this record does not seek confusion for its own sake. It moves through confusion to draw out something restrained, almost tender. Where Reset, their first joint album, sculpted nostalgia from forgotten pop loops, A ? Of When shifts the gesture: Mary Lattimore's harp, captured almost by chance during a soundcheck, becomes the skeleton of several tracks, at times minimalist beauty, at times a light rain between clouds of pedal steel and synth washes, while a whiff of spaghetti western creeps in through touches of mariachi and distant yodel echoes. It has been said of the whole that it forms the best possible synthesis between sixties surf pop and the psychedelic exuberance of Animal Collective's Merriweather Post Pavilion, a seductive formula, doubtless a bit convenient, but one that captures just how much the record refuses to pick a side, between solar clarity and the quiet unease gnawing at it from within.
That same hesitation runs through the interview that follows. It touches on everything the light reveals and everything it conceals: doomscrolling as a new form of collective daze, AI as mud and slippery slope, the placebo effect as proof that belief sometimes precedes reality, an old dream of an album made only of voice and percussion, a signal-song that, on a day of Portuguese revolution, was enough to tip a country over. None of this is incidental: it is the very substance the album is made of, this way Panda Bear and Sonic Boom have of never ignoring what eats at us while stubbornly refusing to give up, choosing hope precisely where all seemed lost. Refusing streaming, handing out stickers inviting people to unsubscribe from them: the gesture is almost comic, but above all it's consistent, down to the acknowledged irony of our two companions admitting they gained more subscribers the day they asked to be forgotten.
A word must also be said about the particular way Panda Bear and Sonic Boom choose their collaborators: Daniel O'Sullivan, Zena Kay, the Mexican strings and mariachi of Cutberto Pérez, the pedal steel discovered one concert evening by pure alignment of the stars, none of this comes from calculated accumulation, everything follows an economy of the right gesture, as if each musician summoned had to bring not so much a skill as a presence, a way of inhabiting the sound. In this dramaturgy of encounter, one finds the exact echo of what the duo describes about their own process: loops sent from one continent to another, sixteen out of twenty abandoned along the way, each leaving it to the other's instinct to do with it what they will : an art of almost blind trust, where the point is never to control what the other will make of it. And it is precisely this same logic, this same lack of grip, that one finds in the way the two men relate to their own work once it exists: you don't decide which record will one day be loved, you don't govern how it will resonate with someone else, you simply open a conversation and hope, without demanding it, that it continues.
This hospitality toward chance perhaps finds its truest image in the myth of the moth drawn to the flame that gives its title to one of the album's most inhabited tracks: why do we burn ourselves on what we know to be dangerous, whether a screen, an addiction, or a love. The question, as one senses both in listening to the album and to the interview, calls for no definitive answer, it simply calls for being asked again and again, with that same quiet lucidity, that same refusal of the easy happy ending that has always marked great tragic works. Perhaps that, in the end, is the true promise of A ? Of When: not to tell us what will happen, but to teach us to inhabit the waiting itself with a bit more grace.
One could simply say that this is a great summer record, one of the most staggering duos in psychedelic pop delivering a first-rate summer soundtrack once again, and that would already be a lot. But what strikes you, in listening to the record as much as to their own words, is the consistency of an ethic: never give in to expectation, never demand of the world or of the song they make some guaranteed effect, and yet keep on, stubbornly, believing that a conversation well conducted, whether it takes the form of a song, a sticker, or a heatwave afternoon spent talking with two men both confused and lucid, can still, a little, change the temperature of the world.
CNB: A ? of When (read as "A Question of When") opens like a question suspended in time. The title itself carries a form of uncertainty. Did you compose this album while inhabiting that blur, that feeling that no one really knows anymore what's happening?
Panda Bear:Â I think so, yes, it's effectively a reflection of that, or at least a way of reflecting that feeling. It's simply what it feels like to be alive today, in an era when everything seems so chaotic and confusing.
Sonic Boom: I have the feeling we're on the brink of major upheavals, both in our societies and on a planetary scale. I see it everywhere: in Albania, in South America, pretty much everywhere in the world. People are really fed up with being deceived so blatantly, so crudely. Politicians have always acted this way, but today it's become almost psychedelic, it all seems so delirious. And I think a change is eventually going to come. Which one? Nobody knows yet. But that's exactly where the title comes from: it's no longer a question of "if," it's a question of "when." I believe this change is inevitable. At this point, I find it hard to imagine it could be otherwise. As for what will actually happen… who can say?
CNB:Â On your first joint album, Reset, you sculpted loops from old forgotten records. Here, you bring in Mary Lattimore's harp, steel drums, pedal steel, and mariachi horns. Where does this desire come from, to seek out sounds that history seems to have relegated to obscurity, as if you wanted to rehabilitate what the musical canon had wrongly neglected?
Panda Bear:Â Actually, we just found them to be incredibly beautiful sounds. They have something really particular about them, a very singular atmosphere. I don't think we said to ourselves, "Let's go find everything that's out of fashion." Rather, all these sounds, all these textures that we found fascinating and wanted to incorporate somehow into our music, turned out to be somewhat offbeat, somewhat strange elements. We were also lucky enough to work with musicians who mastered these instruments perfectly. Mary, for example, we already knew very well. As for me, I did my best with the steel drum, but I'm far from a master of it.
Sonic Boom:Â I think there's something very pleasing about using elements that seem completely incongruous in this type of music. That was clearly part of the appeal. But I think above all we chose this sonic palette because we deeply loved what these instruments produced. We saw no reason to exclude them.
It's sometimes strange. I remember on Reset, when I recorded those deep doo-wop-inspired voices, I was convinced everyone would find it incredibly corny, totally outdated. And in the end, people loved it. It was really surprising. It shows that some things simply deserve a second look.
Personally, I've always loved doo-wop, that way the voices talk to each other. I've loved it since childhood. Yet in my whole life, it never really became something truly trendy or popular. So it's nice to be able to bring that kind of element back into our music.
Ultimately, we mostly do things for ourselves. Well… not in a selfish sense. I don't think either of us is particularly possessive about his ideas. It happens that a song I thought I'd keep for myself suddenly speaks a lot to Noah, and I'm very happy to let him have it. On his side, Noah sometimes lets me arrange certain parts, work on his vocal harmonies, or reorganize different elements. We have a really beautiful working dynamic.
I really like the idea of introducing this kind of thing and seeing where it leads us. We're always looking for something new, while trying not to throw the baby out with the bathwater. But we're also looking for fresh water.
CNB: Pete, you met Mary Lattimore during the Reset tour. You recorded her soundcheck live, then cut her improvisations into about twenty loops which you sent to Noah. There's something of a gift in this approach: offering raw material for someone else to transform. Is that how you work? Passing each other elements that the other then shapes into something new?
Sonic Boom:Â Yes. Actually, I'd already talked with Noah about the idea of using a harp, of going for somewhat American sounds, along with a few other ideas in that direction. But all I could really do was create loops. That's exactly what I'd already done on Reset. Some worked, some didn't. Whichever ones spoke to him, all the better.
For the Mary Lattimore recordings, out of the twenty loops I made, sixteen ultimately weren't used. So I had to produce a lot in order to have enough for Noah to find something that really resonated with him, something he felt he could build on.
It's a fairly fascinating creative conversation. And I think it's a relatively unusual way of working.
Panda Bear:Â Everything she recorded that day really comes from a single session?
Sonic Boom:Â It wasn't even a full day. Barely an hour. She'd come to play in Portugal, at a palace near where I live. We asked her if she'd be okay with us using about an hour of her soundcheck, and we simply recorded while she prepared for her concert.
Then, of course, I did all the editing, cutting, and organizing work. But yes, it was one of those moments where the gears of fate suddenly seem to fit together perfectly. She happened to be in the area, she had a bit of time on her hands. Our friend Osvaldo, who we work with on sound, also lives nearby, which let him set up a recording rig very quickly. Everything aligned by happy chance.
And even at that point, we had no idea what it might turn into. But yes, it's a fascinating process, a fairly singular way of working. As I was saying, I think it's rather unusual.
CNB: Noah, a few years ago, around the time of Panda Bear Meets the Grim Reaper, you told us you dreamed of a record made only of percussion and voice. This album is built precisely on unexpected percussive sources, where the harp or steel drums become almost rhythmic instruments. Does A ? Of When represent, in a way, the fulfillment of that old dream?
Panda Bear:Â In a way, yes. But I'd still like to go even further one day and honor that idea in a much stricter way. Because there's still a huge amount of melodic material on this album. I'd really like to make a record made up only of voice and percussion. Maybe one day.
Sonic Boom:Â When you first said that idea, it got me thinking. I told myself that by using instruments like the marimba or the steel drum, you could stay deeply percussive while still keeping a melodic dimension. It's not incompatible.
Most people don't think of a drum kit as a melodic instrument, when in reality it too has pitches, tonalities. It's simply a somewhat broader way of thinking about music.
That's a remark Noah made toward the end of a session, and the idea stuck with me.
Panda Bear: Deep down, that's kind of what we're doing here… except we're still cheating a bit. It's not yet the true version of that idea.
CNB:Â Let's talk about yodeling. Noah, Pete sends you an old yodel track discovered in Switzerland, and you decide to try your hand at it. It's one thing to appropriate an unusual instrument; it's another to venture into a vocal form as codified as yodeling. How do you manage to free yourself from self-censorship in those moments?
Panda Bear:Â I think the secret is precisely not to think about it too much. You just have to let go. Be as uninhibited as possible. And then, worst case, you can always drop the idea if it becomes really too embarrassing.
Even someone like Hank Williams, who I'm a huge admirer of, often used inflections close to yodeling. So I told myself I could maybe offer my own version of it. And that way, it might be a bit less intimidating.
CNB:Â "Never Giving In" opens the album like a song of resilience, almost of resistance. "A Graveyard" closes it looking death straight in the eye, with a smile that's almost a grimace. This draws a real narrative arc. Do you think of your albums as emotional journeys, or is that something that only reveals itself afterward?
Panda Bear:Â I'd say it's a bit of both. Sometimes I think about it more than other times. In fact, I hadn't even really noticed that link between the beginning and the end that you just pointed out. Maybe Pete had seen it before I did.
For me, it's more a feeling you're trying to reach. It's not really an intellectual exercise of consciously constructing a story. It's more a matter of overall impression: we try to make the sequence of tracks feel like a journey, a crossing. You and I actually have fairly different approaches to sequencing. How do you see it?
Sonic Boom:Â I think the narrative could have been built in many different ways depending on the order of the tracks. Sequencing is always an exciting stage, because as long as you don't actually have all the songs, you don't quite know what you're holding. Once everything's there, you have to find the best way to present it, to put it together, to make sure the whole thing holds up.
I don't know if everyone gives this stage as much importance. Some people think about it much more than others. But to me, sequencing really is essential. We now live in an era where anyone can rearrange an album endlessly, delete tracks, mix others, build their own version. Most people probably don't do it, but some really do.
Panda Bear:Â I also have the impression that a lot of people don't really listen to albums in full anymore. We're more in a song culture than an album culture.
Sonic Boom:Â That's something I'd already noticed a long time ago. When I was working with MGMT, I'd look at their iTunes or their iPod. These are incredibly talented musicians, with exceptional musical taste. And yet I always wondered: how can you have just one track from that album? That whole album is a masterpiece. How can you extract just one song from it? I think all of this is closely tied to streaming. That format works very poorly with the very idea of the album. In a way, it weakens it.
And yet, since the appearance of the long-playing record, in the late 1950s, artists very quickly started thinking of their works as coherent wholes. Not all of them, obviously, but some were already making true masterpieces just a few years after the format was invented. Joe Meek is a very good example. I Hear a New World, now considered a rediscovered classic, contains practically no singles. It's entirely conceived as a total experience.
Personally, I've always loved albums in that dimension: as a journey, as a complete experience. I often think of Laurie Anderson. When "O Superman" became a huge hit, I wondered what was going on. Then I discovered Big Science in full, in context, and my jaw literally dropped. I thought, "Wow… Fuck." That's exactly the kind of experience you risk missing when you isolate a single song without paying attention to the broader context it belongs to.
I know this way of seeing things isn't necessarily the most fashionable today. But I don't think it's disappearing. I have the feeling that most artists still, despite everything, think of their albums this way.
CNB:Â But I also think it's an essential piece of that Laurie Anderson album.
Sonic Boom: Yes, absolutely. Actually, I wonder: do you know United States Live? This much larger work that all of that came from, that show she created… It's simply incredible. Honestly, I don't think anyone has ever made anything comparable.
I find it absolutely fascinating on so many levels: the choreography, the instrumentation, the technological innovations, its irreverence. You really get the feeling she swept away all the existing codes to then reinvent them entirely, and that by rebuilding them, she created something absolutely extraordinary. As I was saying earlier, I don't know how often that kind of thing happens in music. It's something quite magical.
And when she toured… I have a bootleg somewhere of one of her shows. She performed that show in France… in French. Then, when she went to Germany, she performed it in German. I mean, that's completely crazy. That attention to the smallest detail is simply staggering. Yes.
CNB:Â This album won't be available on streaming platforms. You're even handing out stickers that read: "I'm unsubscribing from Panda Bear and Sonic Boom." It's obviously funny, but it's also a fairly radical stance. Do you experience it as a political gesture, or simply as an aesthetic choice, a way of keeping form and substance consistent?
Panda Bear:Â For me, it's mostly an experiment. I'm simply curious to see what will happen. We both have fairly ambivalent feelings toward streaming and social media. But for this album, the idea was mainly to say: let's see what happens if we do things differently.
I have the feeling that, since the economics of streaming were exposed, since it became obvious how unbalanced this model was, a lot of people are looking for a new way to circulate music. And so far, nobody has really found a satisfying solution. So I see it as an attempt to test whether an approach like this can work.
Sonic Boom:Â There's an expression that's become part of everyday language: doomscrolling. Just the fact that this word exists already says a lot. It sums up quite well the way algorithms ended up being designed. Social media, in itself, isn't necessarily a bad thing. Thanks to it, I've met a lot of people. I've been able to help certain people, others have helped Noah and me, thanks to those connections. But I have the feeling all of it has become deeply toxic.
The companies behind these platforms are incredibly toxic, incredibly manipulative, incredibly corrupt. They've been caught red-handed with questionable practices over and over. And I think that's been deeply harmful. That's my personal belief. I think it's done enormous damage to our culture. To be creative, I think the first thing you need is probably to be deeply bored. You have to accept those moments of emptiness.
It's been striking me for about ten years now: you go somewhere, and everyone's absorbed in their damn phone. When I settled where I live now, in Portugal, I was extremely lucky to move to a magnificent region, in the middle of a beautiful little mountain range. Shortly after I arrived, I went to the village café. It offers one of the most beautiful views you can imagine.
And there, there was a family on vacation: the two kids and their parents. They were all sitting facing this extraordinary landscape… eyes glued to their phones, scrolling through their screens. They were immersed in one of the most magnificent places there is, but they no longer even saw it. When you're absorbed in your screen, you no longer really connect to the world around you.
I know all of this is extremely complex. Of course these questions are complex. But I really feel that this is a huge distraction for a lot of people. That's also what seemed interesting to us to explore.
Panda Bear:Â And there's no real going back at this point. We can't erase all that. At this stage, we have to work with the world as it is and try to make the best of it.
Sonic Boom:Â I wouldn't want to come across as some old Luddite who rejects all technology, but honestly, I've mostly seen negative effects. Culturally, I even find it's been devastating. Do I think we're going to change the world with this decision? No. But I can tell you one thing: the day we asked people to unsubscribe from us, we gained more subscribers than on any other day of our existence. I promise you that was absolutely not the plan. But the irony is quite delicious.
CNB:Â So your most popular post ever was: "Please unsubscribe from us."
Sonic Boom: Exactly. Because we never said we were leaving social media entirely. We simply explained we were going to cut it down to the bare minimum. As for streaming, though, our decision was not to be on it at all. What amuses me is that some people commented, "Why are you asking people to unsubscribe when you keep posting anyway?" Yes, I did post a few announcements about real events. But it's pretty funny because I'd also asked them to unsubscribe… and they didn't. They didn't unsubscribe, and then they come and criticize me for posting something anyway. I think I got myself a bit tangled up on that one.
Panda Bear:Â It's not a big deal. If it gets people thinking about what these tools produce, about how they influence our relationships with each other, then I think it's worth it.
Sonic Boom:Â There's been a huge amount of support around this move. I think it struck a chord with a lot of people, because I think they themselves know they've become, in part, slaves to their phones. Their brains have been rewired. I also think the lockdown period profoundly upended the world. I have the feeling that in two years, we lived through the equivalent of ten years of transformation. One of those transformations is that everyone found themselves locked up at home, often alone in an apartment, and screens became their only link to the rest of the world.
For that reason alone, I think it's had an incredibly toxic effect on humanity. Personally, I believe the lockdowns were a huge mistake. I think they did more harm than good. Yes, that's what I think. For collective mental health, the consequences have been immense. All those tech entrepreneurs and completely crazy politicians weren't particularly admirable before either. Since then, I have the impression everyone's become completely psychotic.
Everything accelerated. And certain deeply repugnant things, like pedophilia, seem to have exploded, or at least become much more visible since that period. I don't know exactly why, or what really happened. At the same time, I've also seen some people transform their lives in a very positive way. They started taking their lives back in hand, making different choices.
And then others just became even more obsessed with consumption. They went out and bought a bigger TV, a bigger car. That's what I observed.
CNB:Â "Like a Moth to a Flame" speaks to our habits, our compulsions, that force which draws us irresistibly toward sources of light, even when we know they might burn us. Is it a metaphor for screens, notifications, algorithms, or something more universal about human nature?
Panda Bear:Â I'd tend to lean toward the second option. But it's Pete who wrote the lyrics for this song.
Sonic Boom:Â Yes, I think it's more that. Why does a moth act that way? Why does it fly straight into a flame when it should well know that will kill it? Why is it irresistibly drawn to something fatal to it? I often feel like I find that exact same mechanism in human beings.
And of course, that can echo our relationship to social media, to streaming, or to all these things. Even when people know, deep down, that they're hurting themselves, that doesn't stop them from continuing. I think it's a pattern that runs constantly through human nature. You already find it in the great Greek myths, in ancient tragedies, which all try, in a way, to give shape to something incomprehensible. Why do human beings act this way? It makes no sense.
So we invent a story, a tragedy, an image, to try to approach that question. The moth drawn to the flame seems to me to belong to that family of symbols: a way of representing these inexplicable compulsions that run through humanity. So it's not an image meant to speak only about social media.
It can just as easily evoke a romantic relationship, an addiction, or any other kind of behavior. I think there are a huge number of universal principles. There are ideas that run through absolutely everything. The example I often give is Newton's third law: to every action there is an equal and opposite reaction. That's a physical law. And physics is the language that describes our universe. And I'd say that same logic is found everywhere. It resonates through all things. There are a lot of universal principles like that, and I think most people don't necessarily perceive these correspondences, this way everything extends from one domain to another. It's something that fascinates me enormously.
CNB:Â Artificial intelligence is mentioned in your press release through a very strong image: AI becomes mud, then a slippery slope. Have you encountered AI in your own creative process? Do you see it as a threat to what you do, or simply as background noise you'd rather keep your distance from?
Sonic Boom: It's a huge subject. Really huge. We're talking about AI in the arts, in medicine… today it's already built into even a simple Google search.
Panda Bear:Â It's become very hard to escape it completely.
Sonic Boom:Â There's no doubt it can have extremely useful applications. But I don't think that's mainly how it's used.
Panda Bear:Â Like social media, at bottom, the main goal of AI remains to generate money. That's the logic all these technologies seem to converge toward. And I have the feeling that always ends up leading to some pretty dark places.
Sonic Boom:Â Even artistically. I sometimes feel like it looks like a desperate attempt by people who've spent so much time scrolling through screens that they no longer find any inspiration or ideas within themselves. They think that by typing a few sentences into a machine, something magical will appear. To me, making music, working with Noah, making art, everything that makes this work enjoyable, is exactly the opposite. It's a very long process. It unfolds over time. It's a journey. It's not something instantaneous. It's not: "What do I get today? Come on, show me. Mirror, mirror, give me the answer." It's much more a conversation. An interaction. A slow construction.
And I believe that's precisely where the most beautiful things in life come from. They don't happen because you wait for a ready-made answer to be served to you on a plate. They come from exchanges, encounters, interactions. I think that when you move through the world with the right mindset, beautiful things end up happening. But you can't go out demanding that they happen. You just have to be available. You have to accept a bit of suffering.
Panda Bear: Or rather… I'd say you can't really appreciate joy without having also known suffering. One doesn't go without the other. They're part of the same whole.
Sonic Boom: And I'd even tend to say that it's often the hardest periods that give birth to the greatest music. When everything's spiraling out of control, as is somewhat the case today, I expect artists to offer some form of commentary on what's happening. To bear witness to their era. I think that's important. To me, an artist should try to produce something interesting, to reflect the world around them. To become, in a way… a barometer. I really feel that great music is often born in the most troubled periods.
CNB:Â You mention political manipulation among the themes of this album. With Spacemen 3, your engagement was more about a politics of consciousness than of the barricade. Has your relationship to political engagement in music evolved? Do you still believe a song can change something?
Panda Bear:Â I feel like I don't have particularly high ambitions for what music can actually accomplish. If a song simply manages to brighten someone's day, that's already plenty for me. And then, at bottom, the simple act of creating is already its own reward. I get an enormous amount out of that experience during the creative process itself. Sharing that music with others comes almost as the natural culmination of that journey. If people like it, all the better.
Of course I always hope it can make someone a little happier or produce some positive change, even a small one. But I certainly don't expect it to accomplish that on its own.
Sonic Boom: I don't think music changes the world. But I do believe it accompanies changes, that it sets them to music. There was a peaceful revolution in Portugal in the 1970s. A song became, in a way, the song of that revolution…
Panda Bear:Â It's what triggered the movement.
Sonic Boom:Â Yes, it was a kind of signal.
Panda Bear:Â They played that song on the radio, and that's what signaled to everyone that it was time to act. From there, everything changed, almost overnight.
Sonic Boom:Â Exactly. Sometimes a song can play that role. It can be part of the process. Did that song create the revolution? No. People already needed things to change. They'd reached the end of something. The song didn't cause that situation; it accompanied it.
Panda Bear:Â That makes me think of people who sometimes tell me, and it's always very touching to hear, "You saved me" or "Your music helped me get through a very hard time." Every time, I tell myself it's not me who did the work. It's them. I can't take credit for that. They should recognize everything they themselves invested in that experience. If my music simply served as the soundtrack to that moment in their life, all the better.
CNB: You brought in some very particular collaborators: Mary Lattimore, Daniel O'Sullivan, Zena Kay, Cutberto Pérez of Mariachi 2000… Do you choose your collaborators for their instrument, or for their energy, for who they are as much as for what they play?
Panda Bear:Â That's a very good question. I'd say it's probably a mix of all that. Someone can be an absolutely exceptional musician on their instrument, but if I meet them and find them unpleasant, I probably won't feel much like working with them. In the end, all these aspects matter.
Sonic Boom:Â Yes, I think that's true. Personally, I have enormous admiration for all these musicians, for the seriousness with which they devote themselves to music, for what they bring humanly as much as artistically. And then there was still a personal connection.
Panda Bear: These are the kind of musicians who almost make me feel like I don't know what I'm doing. I can read music, of course, but they have a technical mastery I don't have. If you ask me to find an A on a guitar, I wouldn't be able to tell you right away where it is. On piano, though… there, I think I could.
CNB:Â Noah, your latest solo album, Sinister Grift, responded to a very difficult personal period. It was recorded with Deakin and carried great emotional fragility. How do you experience working simultaneously on such different projects? Does one feed the other, or do you manage to keep them completely separate?
Panda Bear:Â No, they're always connected in some way. I feel like each project naturally leads to the next. Even vocally, there are probably things I discovered on Sinister Grift, ways of singing or intentions I liked, that I found myself almost naturally returning to on this new album. Ultimately, it's all part of one and the same process of learning, or evolution. I imagine that's true for everyone. Emotionally, though, I try not to overthink it too much.
We talked earlier about yodeling and self-censorship: I really believe it's better to let things come out as they come. Of course, afterward, there's editing, selection, shaping work. But at the start, I try to be as emotionally direct as possible. Even if that can feel a bit embarrassing. Even if it can hurt, afterward. At least it's true. And that truth matters enormously to me.
CNB: Pete, All Things Being Equal was an album devoted to the links between memory, space, and consciousness, recorded in the heart of a nature reserve in Portugal. There's a continuity with what you're doing today: an attentiveness to the living, to what goes beyond the human. How does nature enter your music, not as a mere backdrop, but as a genuine material?
Sonic Boom: As a material… Yes, I think that's exactly it. There's a track on this album, "Dreaming," directly inspired by Sintra, by the people who live there, by the magic of that place. I believe living there transformed me profoundly. I'd never really gardened before settling in Portugal, about ten years ago. And I realized that even I was capable of growing plants. I discovered how easy it was to cultivate certain more exotic species there, to live surrounded by vegetation, almost in a little jungle. That's actually one of the reasons I left the place where I used to live.
I no longer wanted to open my curtains and immediately see the house across the street. I'd lived like that for years. I'd had enough. I wanted to be able to watch the moon cross the sky, not just glimpse a small patch of sky wedged between two buildings. I think that ends up influencing everything else.
I don't know if this is worth much scientifically, but you often hear that hospitalized patients who can see nature from their room heal faster. That's probably anecdotal. But I believe it deeply. I believe in that idea. It's a bit like the placebo effect, or like believing in lucky charms. It's hard to be lucky if you never feel lucky. I think you have to feel that feeling first, and then things sometimes start to change. We're not really talking about science here. We're more on the voodoo side of things, or something close to it. But that's exactly it, the placebo is probably the best example. In medicine, it's probably one of the least understood phenomena. And yet its power is extraordinary. Most drugs are evaluated against a placebo. That shows just how real this phenomenon is.
So yes, living in a certain environment inevitably influences what you create. Even when I was working with Noah on Panda Bear Meets the Grim Reaper, I did a good part of the mixing outdoors. Not in a closed studio. Outside. In Portugal, then in Spain. And it was a wonderful experience. I'm convinced it influences how we work. I think we both feel that our environment directly feeds our music.
Panda Bear:Â I don't know exactly what that means, but I've noticed something pretty funny. Musicians who spend their time worrying about their gear possibly breaking down are always the ones whose gear ends up breaking down.
CNB:Â You've explained that you want to prioritize radio, concerts, listening sessions, meetings with the public, all these forms of direct connection. Do you already have a sense of what this album's life will be like in the coming months? Are you worried your message might struggle to spread without the usual channels?
Panda Bear: Yes… But again, we're simply trying something. We're watching what happens. If it can encourage people to come together physically, then I think that's already a good thing. I don't know if it'll work. But so far, it seems to be going rather well.
Sonic Boom: Yes, I have the feeling it's touching a lot of people. And I also think Noah and I belong to a generation that knew both worlds. We lived before that great shift, and after. Since the turn of the 2000s, everyone gradually found themselves permanently connected. Then smartphones, iPhones, and everything else accelerated that phenomenon even further. When I look at certain effects it produces…
I don't know if you know about catfishing. I find it profoundly sad. During lockdown, I was watching this MTV show about it. And I was completely stunned. People spend months talking with someone, fall in love with a person they've actually never met, who in reality has nothing to do with the person they imagine. In my day, it didn't work like that. You met people at the pub. You saw them. You got to know them in real life. Love stories were born because you actually shared the same space. It wasn't just a string of selfies and swipes left or right. And once again, I don't think this evolution has done our society any particular good. Generally speaking, comfort often ends up hurting us. I think that's always been true.
The things we do out of ease, the things we allow ourselves in the name of comfort, are often precisely the ones that create the biggest problems in the long run.
CNB:Â In 1965, Spacemen 3 didn't exist yet. In 1999, Panda Bear's first album came out on the exact same day as Napster's launch. An almost cosmic irony. Today, in 2026, you're releasing an album while refusing streaming. What do you hope it becomes over time? And how would you like your listeners to receive it?
Panda Bear:Â I have no particular expectations. And I think Pete would say the same thing... I have no preconceived idea of how someone should experience this music. Everyone will find in it what they find. And that's completely fine with me.
Sonic Boom:Â I don't think that's something we should try to control. To me, art is above all a conversation. It's a way of talking to others. Of sharing something. And we're only one side of that conversation. We can't control what happens on the other side. And besides, I don't think we should want to.
Of course, you can have dreams or hopes for a record. But at bottom, we never decide which will be our favorite album. Nor do we decide which one others will prefer. I often think back to my experience with Spacemen 3.
At the time, Playing with Fire was much more successful than The Perfect Prescription. Looking back, history may judge these two albums differently today. Time always reassesses works. But I remember very clearly thinking at the time: "What a shame that nobody seems to like the record that we ourselves thought was truly extraordinary."
It's not that we didn't think Playing with Fire was a great record. It's just that all the expectations I'd placed in The Perfect Prescriptionhad been completely swept away.
So when Playing with Fire came out, I no longer really had expectations. And as I said, we never decide these things. All we can do is stay true to what we want to create. I imagine that's also what we'd like to pass on to people. Deep down, a large part of all this is beyond our control.
We do of course have some control. But inspiration always comes from something that deeply draws us in. That's precisely why it inspires us. On the other hand, we can never guarantee that this emotion will carry over intact into the conversation that then begins with others. We can only hope for it. And I have the feeling that, quite often, it happens anyway. So… we'll see.
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