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Rencontre avec Maxence : "Déjà" Comme le fou qui rêve d'or

  • il y a 22 heures
  • 17 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 10 heures

Certains jours refusent obstinément de se laisser lire par le ciel. En plein cœur d'une fin de printemps qui n'avait jusque-là quasiment connu que la franchise du soleil (mais pas encore les canicules à répétition), quelques nuages isolés étaient venus s'installer au-dessus du Musée Picasso, juste assez longtemps pour qu'on avance l'horaire du concert, juste assez menaçant pour qu'on y croie, puis rien : quelques gouttes, une fausse alerte, un ciel qui se ravise. Ce petit accroc dans la belle saison est peut-être la métaphore la plus honnête qu'on puisse trouver à Déjà, l'EP que Maxence à livrer le 5 juin en piano-voix : une œuvre qui redoute la pluie sans jamais vraiment s'y noyer, qui s'attend au pire par réflexe plus que par certitude, et qui, au bout du compte, s'en sort avec juste assez d'eau pour se rappeler que le pire peut nous rater parfois.


Ce pessimisme prophylactique, cette manière d'anticiper l'orage avant même qu'il ne se forme, irrigue tout l'entretien qui suit. Maxence s'y définit lui-même par la nostalgie plutôt que par l'accomplissement, choisit de croire à « l'autre version » de son propre titre, celle de l'optimisme, un peu pour la forme, beaucoup pour la survie. Et pourtant, comme les nuages du Musée Picasso, la catastrophe annoncée n'a pas vraiment lieu : la dépression qui a présidé à l'écriture de ce disque se love dans des chansons qui, loin d'assommer, réconfortent, au point que l'auteur lui-même s'étonne, à chaque sortie de morceau triste, de recevoir des messages de gens qu'il a aidés sans le vouloir tout à fait.


Après Comme un enfant, où Maxence cherchait encore à loger l'enfance quelque part en lui sans trop savoir où, Déjà referme une boucle en la rouvrant aussitôt : trois anciens titres, dont l'habité Seuls dans ta chambre, y sont dépouillés de leurs artifices de studio et rendus à la seule vérité du piano, cet instrument que l'auteur qualifie lui-même de plus mélancolique qui soit ; trois inédits viennent, eux, documenter la traversée d'une crise plus brutale, née de l'appréhension d'un cap symbolique autant que réel. Le disque avance ainsi sur un fil très fin, celui qui sépare le bilan de l'ouverture, le deuil d'une insouciance et la promesse jamais garantie, jamais vraiment crue non plus, d'un apaisement à venir.


À l'écoute de l'artiste autant qu'à celle du disque nous apparait la persistance d'une dualité qu'il revendique désormais sans détour : celle du clown et du triste, du garçon qui fait le show en pleine confiance sur scène et de celui qui, la lumière éteinte, peut franchement douter sur qui il est. Le concert privé donné au Musée Picasso, un piano à queue, des amis, le cri de mouettes qu'il n'a même pas entendu tant il était ailleurs, cristallise à lui seul cette tension : jamais un lieu chargé d'histoire et de prestige n'aura semblé aussi propice à la mise à nu. On y retrouve, en creux, tout ce qui fait la matière de Déjà : la fragilité assumée comme un choix esthétique en prolongation de la vie, l'usure du temps regardée avec une tendresse presque amusée, et cette conviction, chevillée au corps, que l'art ne sert finalement qu'à cristalliser ce qu'on a vécu avec les gens qu'on aime.


Trente ans, donc, et déjà tout cela. On pourrait se contenter de saluer un joli disque de transition, pudique et bien tourné, un des plus sincères exercices d'introspection : cela serait « déjà » pas mal. Mais ce que cet entretien révèle, au fil des digressions, des blagues à moitié sérieuses et des aveux à peine déguisés, c'est la constance d'une éthique : ne jamais nier ce qui pèse, mais refuser, avec un entêtement presque joyeux, de s'y résigner tout à fait. Un peu comme ce nuage venu rôder au-dessus du musée, un jour de juin : on l'a vu venir, on s'y est préparé, et il s'est, finalement, décidé à nous laisser rêver.


© Pauline Mugnier


CNB : Alors, déjà, comme titre de l'EP, « Déjà » est un mot qu'on prononce souvent avec un soupir : « 30 ans déjà », ou comme tu le dis toi-même si bien, « ça fait déjà un an ». Est-ce que pour toi ce mot est plutôt teinté de nostalgie, ou est-ce une façon de te dire que tu as déjà accompli quelque chose dont tu peux être fier ?


Maxence : Écoute, de base, je dirais que c'est de la nostalgie, parce que c'est quelque chose qui m'habite et qui m'habitera toute ma vie, je pense, étant donné que je reste toujours autant tourné vers le passé ; et le titre en témoigne, puisqu'à un moment j'y parle justement de souvenirs, de sourires, etc.


Mais disons que, pour la beauté du geste, je dirai que ça peut aussi s'interpréter comme de l'optimisme. Parce qu'effectivement, j'ai l'impression d'avoir accompli des choses : dans le fond du fond, c'est sûr que j'ai fait beaucoup de choses, et j'en suis très fier. J'ai l'impression de ne pas avoir laissé trop de traces de choses que je déprécierais aujourd'hui. Donc oui, on peut dire aussi que « déjà », j'ai accompli beaucoup.


Mais je crois plus à l'autre version, disons, c'est plus pour l'interview, pour le happy mood.


CNB : Placer « Trente ans déjà » comme premier titre de l'EP, c'est très significatif quant à tes intentions avec ce projet. Un an et demi après notre première rencontre, à l'occasion de ton précédent projet Comme un enfant, qu'est-ce que tu avais besoin de dire à 30 ans que tu n'aurais pas pu écrire avant ? Justement dans Déjà, et non dans Comme un enfant ?


Maxence : Je pense que l'âge, la symbolique de l'âge, et le fait de le passer, m'ont permis de pouvoir dire que j'avais « Trente ans déjà ». Je pense que c'était un sentiment que je commençais déjà à nourrir, du fait de l'appréhension de cet âge au moment de mon précédent EP.


Je pense qu'à l'image du titre Comme un enfant, et de la thématique que je souhaitais y aborder (celle de vouloir se rapprocher et perpétuer l'existence de l'enfant à l'intérieur de soi) ce nouvel EP est une progression de ce que je voulais déjà dire à travers cette thématique.


Ce qui a changé, c'est aussi une dépression survenue, aussi brutale soit-elle, en conséquence de ce qui se passait déjà dans ma tête, dans mon entourage. Forcément, comme je le fais toujours, ça m'a donné envie d'écrire des choses ; en tout cas, besoin d'écrire des choses. Et ça se matérialise toujours par des chansons, par un produit.

Forcément, c'est mon métier, j'en suis très content, donc autant le commercialiser, et potentiellement rassurer des gens, ou en tout cas leur procurer des émotions. Ce qui est d'ailleurs très étonnant, c'est qu'à chaque fois je reçois beaucoup de messages, beaucoup de gens qui me disent que ça les aide. C'est quand même assez fou.


Je me rends compte que moi aussi, écouter des chansons qui évoquent la tristesse a cet effet paradoxal, souvent, d'aider. Mais c'est toujours étonnant, je trouve.


CNB : Tu as choisi trois anciennes chansons à reprendre au piano, dont Seuls dans ta chambre. Comment les as-tu sélectionnées ? Celles que tu aimes le plus, celles qui avaient besoin d'une seconde vie, ou celles qui disaient quelque chose de particulier sur qui tu es aujourd'hui ?


Maxence : Je les ai sélectionnées parce qu'elles font partie des chansons dont je suis le plus fier à l'écriture. Je voulais mettre en avant le texte, mettre en avant la brutalité des propos. Je pense que Poids-Lourd et Seuls dans ta chambre font forcément partie du podium, parce que ce sont des chansons que j'ai pensées en tant que telles.

Et La lune à 3h du mat, je l'ai davantage envisagée comme une réinterprétation. C'est un texte dont je suis très fier, mais j'estime que sa version originale date d'une époque où je cherchais encore ma voix, où j'assumais mal encore qui j'étais et ce que je voulais dire. Du coup, je me dissimulais beaucoup dans les effets, dans la surproduction, j'ajoutais même naturellement des filtres sur ma voix. Je ne sais pas si c'est... c'est à la fois un manque d'expérience et une forme de dissimulation par peur, je pense.


C'est aussi pour ça que je tenais à remettre ce texte en avant. Et vu que je ne voulais pas simplement faire des a cappella, je les ai accompagnées au piano, qui je trouve retransmet le mieux les émotions. À mon sens, c'est l'instrument le plus mélancolique et le plus expressif.


CNB : À côté de ces reprises, tu glisses aussi des inédits. Comment ces nouveaux titres dialoguent-ils avec les anciens ? Est-ce qu'ils racontent la suite de la même histoire, ou autre chose ?


Maxence : Je ne pense pas qu'il raconte la suite, sauf pour Chanson à la Disney, parce que c'est une chanson d'amour, et que forcément, c'est la suite : deux ou trois ans après avoir écrit Seuls dans ta chambre, puisque je suis toujours avec la même personne, et que j'ai toujours envie de lui écrire des chansons d'amour, de la remercier pour sa présence, au minimum, dans ma vie.


Donc en ce sens, oui, c'est une suite. Mais pour les autres titres, non. Ce sont des chansons unitaires, que je n'ai pas imaginées comme faisant suite aux précédentes. Je n'ai pas cherché non plus à créer une cohérence particulière avec les anciennes.

J'ai simplement voulu, à la fois, glisser d'anciens morceaux et en ajouter de nouveaux, des chansons que j'ai écrites pendant cette période plutôt triste. Je n'ai rien écrit d'autre à ce moment-là ; c'était vraiment ces trois chansons. J'ai écrit des débuts d'autres choses, mais je n'en ai pas fait des chansons abouties.


© Pauline Mugnier


CNB : Un concert privé au Musée Picasso, c'était quand même un cadre assez fou : un public restreint, toi, tes amis, l'atmosphère si particulière du lieu. Qu'est-ce que ça t'a fait, d'être là ? Est-ce que ça a changé quelque chose dans ta façon d'habiter tes chansons ?


Maxence : Eh bien, c'était un moment suspendu, assez dingue. Un très chouette moment pour moi, parce qu'il y avait beaucoup de mes amis, beaucoup de gens du secteur, vraiment des personnes que j'apprécie, dans un cadre assez fou. C'est vrai que je n'avais jamais eu l'occasion de faire ça dans un cadre institutionnel : c'est quand même un musée national.


Et le contexte était assez dingue, avec le cri des mouettes parfois au-dessus de nous, que je n'ai moi-même pas entendu sur le moment. Ce sont les gens qui me l'ont dit après coup, en voyant des vidéos. En vrai, j'étais dans ma bulle, en communication, en communion, presque, avec le piano.


D'ailleurs, c'était fou : on avait un piano à queue. Je me sentais presque plouc dans ce prestige-là ! Non pas que je n'y sois pas habitué, mais c'est toujours assez dingue. Niveau prestige, je dirais que je n'étais pas tout à fait à mon aise. En revanche, pendant le concert lui-même, j'étais tout à fait présent.


Mais c'est toujours spécial d'appréhender des concerts aussi symboliques, parce que ce projet l'est énormément, comme la plupart de mes projets d'ailleurs. Mais là, à l'instant T, il l'était particulièrement pour moi. Et pouvoir le présenter pour la première fois face à mes proches, dans un cadre aussi incroyable, c'était vraiment génial.


CNB : « Déjà » parle du temps qui passe, mais toi en ce moment, t'as la tête tournée vers quoi ? Est-ce que cet EP t'a aidé à solder quelque chose, ou il a plutôt ouvert des questions sur la suite ?


Maxence : Alors, il a à la fois soldé des choses, parce que j'ai eu l'impression de l'avoir réussi, en tout cas, d'avoir réussi la chose que j'imaginais, avec un pianiste incroyable.


Par contre, ça prolonge aussi des questions. Ça y répond un peu, parce que cet EP est né d'une crise existentielle, de ce classique questionnement : qui suis-je ? Pourquoi ? Qu'est-ce que les gens apprécient chez moi ? Est-ce qu'ils apprécient ma personne ? Est-ce qu'ils apprécient ce que je fais ? Est-ce que c'est vraiment moi ?

Ce sont des questionnements que je me posais déjà au moment de mon Trianon, et même avant : savoir ce qui constitue l'essence de moi. Je suis toujours partagé entre les blagues et les chansons deep, entre moi et les personnages ; j'adore incarner des personnages. Pourquoi je me sens aussi vivant sur scène, tout en ayant l'impression d'incarner un personnage ? Parce que forcément, sur scène, je suis en ultra-confiance, et je fais le show.


Donc non, c'est un prolongement de ces questions, parce que je pense que ce n'est pas si simple d'y répondre, et je pense que ça peut durer toute une vie. Mais ça a quand même conclu quelque chose ; ça m'a fait beaucoup de bien de le faire, de le sortir.

Je ne pensais pas que ça allait être compliqué de le défendre sur scène, enfin, « défendre », c'est pas vraiment le bon verbe : de le pratiquer sur scène. C'est vrai que je n'en ai pas l'habitude, et ça me replonge dans cette période, ce qui n'est pas forcément le plus agréable. Même si j'adore chanter ces titres, même si j'adore voir les gens prendre du plaisir à les écouter en live.


C'est un peu contre-productif de dire ça, mais comme je l'ai écrit il y a un petit moment, avec vraiment la vocation de me faire du bien, je suis un peu passé, comme tout le monde, à autre chose. Maintenant qu'il est sorti, et que pour moi c'est du passé, je suis plutôt tourné vers l'avenir : sachant que j'ai 30 ans, et que j'aborde, je pense, une forme de crise de la trentaine.


Il n'empêche qu'à l'occasion, j'en ferai des concerts, et je le défendrai corps et âme. C'est un peu paradoxal avec ce que je viens de dire, mais c'est vrai : dans ma tête, je suis déjà passé à autre chose.


CNB : Tu disais l'an dernier qu'à l'approche de tes 30 ans, tu pouvais enfin déclarer que tu étais chanteur et comédien. Maintenant que le cap est passé, est-ce que cette certitude a tenu, ou est-ce que 30 ans amène d'autres questions que tu n'avais pas anticipées ?


Maxence : Ça, c'est génial, parce que toute ma crise d'imposture, c'est derrière moi. Je n'ai plus aucun problème avec ça. Forcément, quand on expérimente, quand on débute dans les choses, on ne se sent pas forcément légitime.


Là, je suis content, parce que j'ai fait de super projets, en comédie comme en chanson, et je me trouve plutôt doué. Je suis très content d'avoir gagné cette confiance en moi. Je sais que je suis chanteur, je sais que je suis comédien. Il y a plein de choses que je ne suis pas, mais ça, c'est sûr. Je suis plutôt content d'avoir accompli cette belle progression sur un sujet qui n'est pas toujours facile à résoudre, je pense.


CNB : Dans Comme un enfant, tu racontais une période un peu bordélique, pleine d'anxiété face à la responsabilité. Avec Déjà, on dirait que tu regardes cette même période avec plus de recul. Qu'est-ce que, selon toi, fait le lien entre l'anxiété du cap franchi et la sérénité de l'avant passé ?


Maxence : Ce qui fait le lien, c'est l'anxiété. Ça, c'est un bon lien !

Sérénité, je ne sais pas, mais effectivement, je pense avoir acquis une forme de sagesse grâce à mon vieillissement. Et ça permet malgré tout d'aborder les autres situations bordéliques, ainsi que les futurs grands questionnements, d'une manière un peu plus préparée.


Et quoi qu'il en soit, à nouveau, l'EP m'a aidé, parce qu'à chaque fois que ça ne va pas, c'est ce que je fais, et ça m'aide. La psychanalyse m'a aidé, les médicaments m'ont aidé. Ma copine m'aide, mes copains m'aident. Et les projets fleurissent dans ma tête. C'est le mouvement qui m'aide et qui m'éclaire. C'est l'action.


Je pense qu'à l'époque du précédent projet aussi, c'était le fait d'être submergé par les choses. C'est encore le cas aujourd'hui, mais en tout cas, je suis un peu plus combatif. Et ça, c'est chouette. La sérénité vient par le combat.


CNB : Il y a un an, tu me parlais de ce besoin de garder ton enfant intérieur sur tes épaules plutôt qu'en terre. À 30 ans, justement, comment ce dialogue avec l'enfant que tu portes a-t-il évolué ? Est-ce qu'il te dit encore les mêmes choses ?


Maxence : Il me dit les mêmes choses, et c'est sur les conclusions que j'en tire que ça change. J'ai fait un constat : j'ai l'impression d'avoir perdu de l'amusement ces dernières années, que je le retrouve aujourd'hui, et que j'ai envie de le perpétuer, de l'améliorer, cet amusement. Et franchement, j'en suis très content.


Donc je pense que... est-ce que c'est l'enfant qui parle ? Est-ce que c'est l'ado ? Est-ce que c'est le vingtenaire ? Je ne sais pas. Mais en tout cas, je retrouve cette flamme, sûrement pour plein de raisons, peut-être thérapeutiques, etc., je n'en sais rien. Mais je pense que l'enfant, oui, commence vraiment à se réaffirmer. Et je comprends de plus en plus que la vie n'a de valeur que pour passer de chouettes moments avec des gens qu'on aime, s'amuser, et ne pas se prendre la tête sur les choses, même si, forcément, je n'y arrive pas à 100 %.


© Pauline Mugnier


CNB : Tu m'avais raconté que la pochette de Comme un enfant venait d'une photo prise par Charlotte, un jour où tu avais reçu une mauvaise nouvelle, et où elle était parvenue à te faire rire malgré tout. Est-ce qu'il y a eu un instant similaire, capté par elle ou avec elle, qui a nourri ce nouveau projet ?


Maxence : Oui, oui, en quelque sorte. Trianon, 12 avril 2025. Je chante sur scène, et lors d'un morceau qui est un peu la prémisse de ce projet, je tombe sur scène, justement pour m'exposer, pour tester ce que ça fait d'être dans la vulnérabilité face au public, dans cette quête existentielle. Et ça a été capté, puisqu'on en a fait une sorte de clip.


Ensuite, Charlotte m'a aussi filmé ; et surtout, c'est elle qui m'a tondu les cheveux. Elle a donc assisté à ce moment qui a été, en vrai, une sorte de déclic symbolique, celui du rasage. C'est quand même s'assumer à nouveau dans la fragilité, et sous un nouveau jour.


Donc oui, je pense que c'est un moment charnière. En fait, ça symbolise le Trianon, qui a été un moment charnière, parce que, par mon métier, par ma sensibilité, vivre des moments comme ça, c'est dingue ; on se sent pleinement vivant. Quand ça retombe, c'est plutôt compliqué : on ne retombe pas à la normale, on s'enterre en dessous. Et donc c'est dur de remonter la pente. C'est vraiment des montagnes russes incessantes. Et pendant longtemps, j'étais sous terre.


CNB : Tu dis souvent écrire par besoin, dans un mélange de sentiment vécu et d'invention. Charlotte, ça fait des années qu'elle t'inspire. Est-ce qu'elle est plutôt un sujet direct dans tes chansons, ou une présence plus diffuse, une lumière qui éclaire ta façon d'écrire sans forcément apparaître nommément ?


Maxence : C'est beau, dis ! Non, non, j'invente tout, c'est pour le buzz, je ne veux pas d'enfant avec elle...(rires)

Mais oui, c'est totalement direct, forcément. Des fois, j'invente des images : dans Chanson à la Disney, je dis qu'on aime la musique et qu'on danse, des fois, on danse en soirée, mais ça, c'est inventé, parce que je trouvais que ça reflétait une belle poésie. Donc, à nouveau, il y a de l'invention par moments. Mais 90 % des chansons, en tout cas à son égard, c'est du concret. 99 %, même.


CNB : Comment, justement, Charlotte a-t-elle vécu de l'intérieur ton passage de Maxenss à ce Maxence-là, qui capte la trentaine ? Est-ce qu'elle te voit changer d'une façon que toi-même tu ne perçois pas toujours ?


Maxence : Faut lui poser la question, je ne sais pas. En tout cas, elle est toujours l'incroyable supportrice qu'elle a toujours été avec moi. Un incroyable soutien d'optimisme et de joie de vivre. C'est elle qui m'insuffle beaucoup de sa sagesse là-dessus. Elle qui est toujours optimiste, qui est un vrai rayon de soleil. Forcément, ça infuse plus ou moins sur moi. Je ne sais pas ce qu'elle constate de son côté, mais j'ai l'impression qu'on évolue bien ensemble, et que c'est plutôt plaisant.


CNB : Est-ce que l'amour, chez toi, fonctionne aussi comme une forme de catharsis, au même titre que l'écriture, ou est-ce que ce sont deux espaces complètement différents, l'un qui apaise et l'autre qui pousse à créer ?


Maxence : Je ne sais pas si c'est cathartique. Quoi qu'il en soit, l'amour, c'est cool. Ça fait du bien. C'est beau. C'est sympa. On court tous après. Forcément, ça aide. Si je ne l'ai plus, vous me ramassez vraiment à la petite cuillère. Forcément, c'est rassurant d'avoir ce cocon. Et effectivement, ça en témoigne, justement, à travers les chansons d'amour. Ça aide à la création.


CNB : Tu m'avais confié vouloir, sur scène, vivre les choses en mode « donnant-donnant » plutôt que « donnant-recevant ». Est-ce que ce rapport au public a évolué avec un projet aussi intime que Déjà ?


Maxence : Oui, en effet. Pour le coup, comme je ne l'ai fait qu'une fois (je n'ai fait qu'un concert et un showcase pour l'instant) c'est vrai que j'ai été très renfermé, vraiment dans ma tête, lorsque je les ai faits. Forcément, ce sont des textes plutôt durs, en tout cas, et l'interprétation compte énormément pour moi sur ces morceaux-là.


Pour le coup, au concert du musée, je n'ai croisé aucun regard. J'ai vu des gens, je me suis dit « ah, il est là, ah, elle est là », mais j'ai malheureusement très peu de souvenirs de ce que je voyais face à moi. Je te le disais : c'était un moment de ma vie où je n'entendais pas les mouettes, où je ressentais à peine la pluie.


Après, il n'y en a pas eu beaucoup d'autres. On verra par la suite, mais je suis effectivement toujours dans cette démarche. Je pense même que ça pourrait m'aider à m'extirper un peu de ce qui m'a fait écrire ces textes. Je reste dans cette volonté, quand je fais un concert, d'être en communion avec les gens. C'est toujours l'idée de m'adapter à l'ambiance : si l'ambiance est pourrie, je vais dire un truc pourri. Franchement, je ne serai même pas mignon, je serai exécrable !


CNB : C'est quoi, ton rapport à Luz Casal ?


Maxence : C'est un rapport plus global à l'espagnol. En fait, mes deux grands-mères sont espagnoles. C'est une langue que j'ai beaucoup entendue, que j'ai pas mal pratiquée à l'école, qui m'a toujours passionné, que j'adore parler. Et donc, à un moment de ma vie, j'ai eu envie de la chanter.


Ce morceau, je l'ai trouvé sublime, c'est le morceau phare de L'Auberge espagnole, si je ne dis pas de bêtises. Je crois que la version de Luz Casal est une adaptation ; en tout cas, ce n'est pas l'originale, il me semble. Je ne connais que celle-ci, malheureusement. Mais voilà, j'adore cette chanson. Je l'avais déjà chantée pour Instagram il y a quelques années, j'en avais fait une vidéo. Et là, comme il s'agissait de faire des reprises... Quelques semaines auparavant, j'étais en Espagne, donc ça a réévoqué tout le lien que j'ai avec cette langue. J'ai eu directement l'idée de chanter cette chanson.


CNB : T'as cette image du « clown triste », ce mélange de légèreté et de gravité qui te définit depuis presque toujours. À l'aube de cette nouvelle décennie, est-ce que cette dualité-là a encore besoin d'exister de la même manière, ou tu sens qu'elle évolue, elle aussi ?


Maxence : Elle évolue totalement. Enfin, elle est toujours là, parce qu'elle fait partie de l'humain que je suis, et de l'humain que nous sommes tous. Mais c'est vrai que dans mon art, c'est très dur de partager ces deux pendants.


C'est vrai que là, étant donné mon état psychique du moment, forcément, il y en avait un qui ressortait plus que l'autre. Mais bon, à nouveau, étant donné cette bipolarité qui m'habite, je suis toujours tiraillé entre ces deux choses. Disons que maintenant, c'est plutôt quelque chose que j'ai envie d'assumer, parce que ça fait partie de la vie d'être humain.


Peut-être que les gens ressentiront toujours chez moi une forme de clown triste, mais... maintenant que j'ai 30 ans, j'ai envie de me réamuser. En tout cas, je sens que je me réamuse davantage. J'assume d'être un clown, et j'assume d'être quelqu'un de triste. Donc voilà, je pense que mes prochains projets seront à cette image.


CNB : Si dans dix ans tu devais réécouter Déjà comme tu as pu réécouter tes tout premiers morceaux, qu'est-ce que tu aimerais que cet EP te raconte sur l'homme que tu étais en train de devenir, à ce moment-là ?


Maxence : J'aimerais bien qu'avec le recul, je me dise que cet EP était la transition vers un homme serein, qui envisage mieux sa condition, son avenir, et qui est en paix avec lui-même, avec ce qu'il est, avec ses différentes facettes, et avec l'essence même de ce qui le compose. Parce qu'au final, c'est ça que je recherche, dans cet EP comme dans ma vie : la simplicité d'être soi-même, sans même avoir besoin de regarder les autres. C'est plutôt essentiel dans ma vie, c'est vraiment ce besoin-là que j'ai envie d'extirper de moi.


Donc j'aimerais que cet EP marque, qu'il soit l'illustration du moment où il y a eu le déclic, et où tout a commencé à progresser positivement.


CNB : Dernière question : est-ce que tu sais pourquoi tu fais de la musique ?


Maxence : Je fais de la musique parce que j'ai besoin de m'exprimer. C'est viscéral. Et parce que très tôt j'ai été connecté à cet art. Je pense que c'est l'un des arts les plus accessibles, tout le monde écoute de la musique, et c'est ce que je souhaite aux gens. Très vite j'ai eu envie d'en pratiquer, d'en créer, et elle s'est matérialisée comme ma manière de m'exprimer. Je fais de la musique de base pour ça, et maintenant parce que j'ai envie de faire le bien. En tout cas de faire du bien. Et j'ai l'impression que ça fonctionne un peu, alors continuons ainsi !


© Pauline Mugnier

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