Trois romans pour survivre au couvre-feu

La météo pluvieuse, le couvre-feu à 21 heures et les actualités peu réjouissantes agissent comme une invitation à la déprime. La seule invitation qui ne soit pas pour un événement virtuel, d'ailleurs. Mais si vous ne sortez plus, ce n’est pas bien grave : la seule vie réellement vécue, c’est la littérature. Alors, pour réenchanter un peu ce quotidien morose, nous vous proposons un peu de lecture.




Claudine à l’école, de Colette

Colette, dans ce premier roman semi-autobiographique, nous livre ses souvenirs d’enfance. Elle a 15 ans, vit à Montigny avec son père passionné d’insectes. Ses aventures sont celles de l’école de filles qu’elle fréquente, des récits des amourettes de Claire, sa sœur de lait, et des heures passées en solitaire à admirer la nature.

Mais attention, Claudine n’est pas Martine : la Colette enfant n'est ni naïve, ni niaise.

Fascinée par l’arrivée d’une nouvelle institutrice, la douce Mademoiselle Aimée, elle s’agace vite de la relation affective qu’elle la voit nouer avec la rousse et sévère directrice, Mademoiselle Sergent. Tout n’est alors qu’espièglerie, moqueries et farces faites à ce couple à tendance licencieuse (rappelons que nous sommes en 1900) : s’en dégage une énergie sensuelle et brute, sous couvert d’innocence…

L’autre grande force de ce premier roman, ce sont les descriptions des bois et des environs luxuriants de Montigny : l’écrivaine semble entretenir un rapport charnel, voire vital, à la nature qui l’entoure.

"Le charme, le délice de ce pays fait de collines et de vallées si étroites que quelques-unes sont des ravins, c’est les bois, les bois profonds et envahisseurs, qui moutonnent et ondulent jusque là-bas, aussi loin qu’on peut voir... Des prés verts les trouent par places, de petites cultures aussi, pas grand-chose, les bois superbes dévorant tout. De sorte que cette belle contrée est affreusement pauvre, avec ses quelques fermes disséminées, peu nombreuses, juste ce qu’il faut de toits rouges pour faire valoir le vert velouté des bois.“

Une bouffée d’oxygène pour Parisiens sous couvre-feu !


Les Petits Chevaux de Tarquinia, Marguerite Duras


Fermez les yeux. Vous êtes allongés sur un sable brûlant, le soleil vous assomme et ses rayons transpercent vos paupières. Au large, il y a un homme sur son bateau. Si vous vous relevez sur vos coudes et plissez les yeux, vous pouvez apercevoir sa silhouette au loin, parmi les lames perçantes que sont les vagues. Il n’y a rien, rien d’autres que cela : des journées écrasantes de chaleur, où l’on sirote des Campari-tonic en attendant qu’enfin tombe le soir et sa fraîcheur, fraîcheur qui n’arrive jamais. Rien, enfin si : il y a l’amour.

« Il n'y a pas de vacances à l'amour ..., ça n'existe pas. L'amour, il faut le vivre complètement avec son ennui et tout, il n'y a pas de vacances possibles à ça. »

C’est ça : l’ennui, l’amour. Une bande d’amis, leurs histoires.


A lire en ce moment pour sentir écrasé de chaleur, d’ivresse et d’ennui langoureux. Si le feu est couvert, la flamme, elle, brûle toujours.

La Chamade, Françoise Sagan

Dîners à plus de six proscrits, virées nocturnes interdites… Vous reprendrez bien un peu de Sagan pour combler l’ennui d’aujourd’hui ! Dans le Paris de Françoise, en effet, tout n’est que mondanités, dîners au champagne et balades en décapotable, avec leur lot de déconvenue… Faux-semblants, adultère et mélancolie ne sont jamais loin.

Ici Lucille, femme-enfant capricieuse, rencontre Antoine, éditeur parisien, lors d’un dîner. Coup de foudre immédiat, elle quitte Charles sur le champ, le quinquagénaire élégant et fortuné avec qui elle vit. Lui sait qu’elle reviendra. Elle, est en quête de passion.

Une aventure amoureuse pleine de fougue et d’envie, pour retrouver le désir et ses illusions.

« Pour qu'un homme et une femme s'aiment vraiment, il ne suffit pas qu'ils se soient fait plaisir, qu'ils se soient fait rire, il faut aussi qu'ils se soient fait souffrir. »

Un merveilleux roman sur la passion évanescente, le goût doux amer de l’existence et la grande quête du bonheur, sur fond faussement futile du Paris mondain des années 50.