top of page

Rencontre avec Sixtine Dano : Sibylline, l'architecture de nos intimités

25 août
24 min de lecture

Il y a un an, on ne connaissait pas encore Sixtine Dano. Aujourd'hui, son nom circule dans tous les cénacles de la bande dessinée, porté par un livre qu'on a vu naître comme une évidence rare : Sibylline, chroniques d'une escort girl, publié chez Glénat, en cours d'adaptation cinématographique. Un premier roman graphique, au fusain et à l'encre de Chine, qui aurait pu devenir un manifeste sur la prostitution étudiante, et qui a choisi, à la place, de raconter une chose beaucoup plus fragile : le besoin d'être aimé, quand on n'a le droit qu’aux miettes d’un système en perdition. 


C'est tout l'objet de cette conversation. Dano ne nie jamais le sujet de société (vingt à quarante mille étudiant·es concerné·es en France, une précarité qui explose depuis le Covid, des plateformes comme OnlyFans qui banalisent le tarif du corps) mais elle refuse de le traiter en abécédaire. Son geste est inverse : partir de l'intime, de Raphaëlle, dix-neuf ans, débarquée à Paris pour étudier l'architecture, et laisser la fiction dire ce que la sociologie ne sait pas raconter : cette lente désensibilisation, cette « chronologie de choix » qui mène un corps, un jour, à accepter ce qu'il pensait ne jamais pouvoir accepter.


L'architecture, justement, n'est pas un décor anecdotique. Raphaëlle veut construire des espaces, et elle découvre que Paris est déjà construit contre elle : segmenté, hiérarchisé, un métro aérien qui change de visage selon les stations. Dano en fait une métaphore qui infuse tout l'album : comment reprendre possession d'un territoire, la ville, mais aussi son propre corps, quand on a grandi en périphérie de tout, sociale, affective, sexuelle. Le vélo, à la fin du livre, contre le métro souterrain qui ne montre rien : c'est toute une politique de l'émancipation qui tient dans ce simple changement de moyen de transport.


Car Sixtine Dano vient de l'activisme avant de venir de la bande dessinée : désobéissance civile, Artists for Climate, un court métrage remarqué, Thermostat 6, sur la catastrophe climatique en huis clos familial. Elle a troqué le corps mis dans l'action collective pour le temps long du dessin, avec cette conviction, empruntée autant à Miyazaki qu'à 120 battements par minute, qu'une histoire intime peut convaincre là où l'argumentaire politique s'essouffle. Mais elle sait aussi le risque de la fiction : être récupérée, mal comprise, détournée par ceux-là mêmes qu'elle visait à combattre. Et c'est peut-être ce qui rend sa parole si essentielle : une autrice qui croit à la puissance politique du récit tout en refusant de lui faire porter, seul, le poids d'expliquer le monde.


Une humilité méthodique définit la création de son œuvre : des années d'entretiens, des rencontres avec l'Amicale du Nid comme avec des travailleuses du sexe, des relectures à chaque étape, la conscience qu'aucune fiction ne peut épuiser un sujet aussi vaste que violent. Et, en creux, une trajectoire personnelle qu’elle partage car d’autres qu’elle la partage aussi : la précarité étudiante vécue de l'intérieur, le rapport complexe à nos corps, la découverte que l'art, au-delà de sa fonction cathartique, peut aussi être une émancipation aussi concrète qu’inattendu. 


Sibylline a donc tout de l’importance qu’on lui accorde. C'est le récit d'une génération qui doit apprendre, seule, à construire sa vie dans des espaces déjà dessinés par d'autres, dans un monde au néo-libéralisme insupportable, et qui trouve, dans l'art, un des rares outils encore capables de redessiner le plan de nos existences atterrées.


© Sixtine Dano, couverture de Sibbyline


CNB : Dans Sibylline, tu parles d’un sujet qui pourrait facilement devenir un récit sur la prostitution, la précarité ou les rapports de pouvoir, mais tu as progressivement déplacé le centre de gravité vers quelque chose de beaucoup plus intime : le passage à l’âge adulte, la solitude, ce que tu as appelé toi-même les « miettes d’amour ». Pourquoi avoir choisi de raconter la prostitution par le détour du besoin d’être aimé plutôt que frontalement, comme un sujet de société ?


Sixtine : Je pense que c’est parce qu’à la base, le sujet, ce n’était pas vraiment la prostitution. Je voulais directement aborder ce thème-là à travers tous ses sous-thèmes.


En fait, mon angle, c’était plutôt de me demander comment ça se fait que de jeunes filles en arrivent à faire ça. Comment ça se fait que leur corps soit capable de l’accepter.


Parce que souvent, les gens se demandent : « Ah, moi, je pense que je ne pourrais pas. » Et ce n’est pas forcément « je ne veux pas », c’est « je ne pourrais pas », parce qu’ils ont le sentiment que leur corps lui-même ne pourrait pas l’accepter.


Je me suis donc demandé comment il se fait qu’il y ait des personnes qui, elles, l’acceptent et qui ne sont pas nécessairement forcées. Je parle notamment, quand on analyse vraiment la prostitution étudiante, de celles qui le font volontairement.


Et, en fait, à partir des témoignages que j’ai recueillis, de tout ce que j’ai pu lire, de tout ce que j’ai pu comprendre, mais aussi de ce que j’ai moi-même vécu en tant que jeune femme à Paris, j’ai eu l’impression qu’il y avait une multitude de sous-sujets qui n’étaient pas forcément liés directement à la prostitution, mais qui pouvaient former une sorte de chronologie de choix, une succession de petits choix ou d’événements qui, mis bout à bout, peuvent mener jusque-là.


Ça peut être une entrée dans la sexualité qui va être malmenée, qui va devenir toxique. Ça peut être un viol, une agression. Ça peut être simplement une sorte de climat incestuel à la maison. Ça peut être un climat très sexualisant à l’école ou dans un groupe d’amis.


Ce sont parfois des expériences très précoces qui vont progressivement désensibiliser une personne à la sexualisation de son propre corps.


Ça peut aussi être la précarité étudiante. Mais la précarité, elle-même, s’explique de plein de façons et pas uniquement par le manque d’argent. Elle peut aussi être liée au milieu social dont tu viens et au milieu social dans lequel tu essaies de t’intégrer à travers les études supérieures, par exemple.


Et là, tout à coup, tu peux avoir un choc : tu arrives dans un environnement où tu as l’impression qu’il faut monter l’échelle sociale. Tu ne peux pas simplement rester là où tu étais avant.


Peut-être qu’avant, ta situation te convenait. Mais, tout à coup, tous tes camarades de classe sont habillés avec certains vêtements, ils achètent certaines choses, ils sortent dans certains endroits… Et toi, il va falloir que tu t’alignes à ça simplement pour pouvoir profiter du commun, du groupe, pour ne pas être exclue de cet univers.


Et puis il y a les « miettes d’amour », dont tu me parlais. Pour moi, c’est vraiment le sujet principal de la BD.


Et c’est assez drôle parce qu’en ce moment, on est justement en train de réécrire le scénario avec une co-scénariste pour une adaptation au cinéma, et c’est exactement la première chose qu’elle m’a dite : elle m’a dit qu’elle avait choisi de faire ce film avec moi parce que ce sont ces « miettes d’amour » qui l’avaient touchée.


Elle, elle ne connaissait absolument pas le milieu de la prostitution étudiante. Mais c’est vraiment ce sujet-là qui l’a touchée, elle, en tant que jeune femme.


CNB : Tu as rencontré pendant plusieurs années de vraies escort girls et sugar babies pour construire Sibylline, tout en étant toi-même passée par une période où tu doutais de ta légitimité à raconter cette histoire. Il y a donc un double risque : parler à la place de femmes dont tu recueilles les expériences, mais aussi projeter sur elles ta propre vision de l’émancipation. Comment as-tu trouvé la bonne distance entre témoigner, fictionnaliser et ne pas confisquer la parole ? Et est-ce que, paradoxalement, le fait de ne pas avoir vécu leur expérience t’a parfois obligée à être plus attentive à ce que tu ne pouvais pas comprendre ?


Sixtine : C’est vrai que c’est un sujet qui m’a énormément travaillée. Et je pense que j’ai réussi à déconstruire cette peur de l’illégitimité en en discutant, tout simplement, avec des personnes concernées.


Avec toutes les personnes que j’ai rencontrées, mais aussi avec des associations.


Par exemple, j’ai rencontré l’Amicale du Nid, qui est une association plutôt abolitionniste. J’ai essayé de rencontrer un peu tous les bords, justement pour ne pas rester enfermée dans un seul point de vue.


J’ai aussi essayé de rencontrer le Strass, le syndicat des travailleurs du sexe, mais ils ne m’ont jamais répondu. Donc ce n’est pas évident non plus d’avoir tous les points de vue.


Mais, en tout cas, j’ai travaillé avec des personnes qui me disaient que je les connaissais, que je pouvais en parler. Et ces questions de légitimité revenaient régulièrement.


Ce qui revenait principalement, je pense, c’est qu’il y a tellement peu de récits sur ce sujet que, finalement, mieux vaut qu’il y en ait. Et si le récit est basé sur des témoignages, que le travail derrière est sérieux, alors, normalement, il n’y a pas trop de risques.


Mais c’est aussi compliqué parce que la prostitution, le travail du sexe, ce sont des termes que l’on définit différemment selon le point de vue depuis lequel on regarde la réalité. Et ça montre bien à quel point c’est un milieu extrêmement vaste, à la croisée de beaucoup de dangers, de vulnérabilités et de violences, mais aussi un vivier de destins très différents.


Tu peux avoir des personnes qui vivent de la traite humaine. Tu peux avoir des personnes qui sont mineures et qui sont, par exemple, détournées de centres ou de foyers. Tu peux avoir des étudiantes qui le font volontairement. Tu peux aussi avoir des travailleuses qui se considèrent en situation d’autodétermination et qui voient dans le travail du sexe une alternative au travail classique.


Et, en fait, c’est impossible, dans une seule BD, de rassembler tout ça.


Ou alors, il faudrait faire un un abécédaire, une encyclopédie, et ce serait très difficile d’en faire ressortir une narration cohérente, avec de l’émotion, et dans laquelle on puisse suivre un ou deux personnages maximum.


Donc il faut partir du principe qu’on ne peut pas tout dire, qu’on ne peut pas tout représenter à travers la fiction. Il existe du travail dans d’autres domaines pour le faire : il y a des livres, des documentaires… Et moi, je me suis dit que ce n’était pas mon travail.


Moi, j’abordais une histoire sensible. J’abordais le poétique à travers l’intime. Mais, à un moment donné, il faut aussi resserrer ce dont on parle pour que ce soit pertinent, pour que ce soit juste, et surtout pour qu’on puisse aller en profondeur.


Et, évidemment, j’ai aussi fait relire le projet à chaque étape par des personnes concernées.


J’ai fait relire le scénario, plusieurs versions du scénario, puis le storyboard. Et, avant la publication, il y a également eu une relecture, même si, à ce stade, c’était évidemment plus difficile de modifier des choses. Heureusement, nous n’avons pas eu à en changer.


Et puis j’ai pu garder contact avec certaines personnes concernées avec qui j’avais discuté. Elles ont pu venir à la publication du livre, à l’exposition des planches originales, par exemple.


Il y avait notamment une fille qui était hyper heureuse. Elle avait presque l’impression d’être une star, parce qu’elle savait qu’elle était dans le livre. Elle me le disait à demi-mot parce qu’elle ne voulait évidemment pas se « outer » devant tout le monde.


Et maintenant, on travaille sur l’adaptation en film, et c’est exactement la même démarche : on continue à discuter avec des personnes concernées, on leur fait relire certaines choses, pour avoir leurs points de vue.


Mais, en réalité, le problème, c’est que même ces relectures peuvent donner des retours extrêmement différents selon les personnes auxquelles tu t’adresses. Il n’existe pas une seule expérience du travail du sexe, ni une seule manière de le regarder.


Et c’est justement pour ça que je trouve important de garder cette humilité-là : savoir qu’on ne peut pas tout représenter, qu’on ne peut pas parler au nom de tout le monde.


Il y a aussi le point de vue d’une travailleuse du sexe dans ce livre, évidemment, mais il y a également celui d’une jeune fille qui débarque à Paris. Et, sur ce deuxième aspect, j’ai pu mettre beaucoup de moi-même.


Ce n’est donc pas simplement prendre la parole d’autres personnes et la retranscrire. C’est aussi parler de ce que j’ai pu vivre : la précarité étudiante, le fait d’arriver d’un milieu plus rural et de débarquer soudainement à Paris, d’arriver dans des études où tu peux avoir, d’un côté, des gens qui travaillent à McDonald’s et qui se brûlent les doigts pour pouvoir payer leurs études, et, à côté, des gens dont les parents peuvent payer l’appartement, les études, et même financer d’autres études s’ils se trompent et qu’ils doivent recommencer ailleurs.


Il y a donc tout un vécu qui n’est pas uniquement celui d’une travailleuse du sexe.


Et c’est aussi pour ça que je pense que la BD est assez universelle, et qu’elle peut toucher beaucoup de gens qui n’ont jamais vécu cette situation.


Elle plaît même dans d’autres pays. Elle va, par exemple, être traduite en japonais. Je ne pensais pas forcément que c’était un vécu auquel de jeunes Japonaises pourraient s’identifier.


Kim : Oui, parce que j’ai l’impression que c’est aussi notre cas : quand on arrive, par exemple, à la capitale, il y a ce désir, peut-être implicite, d’adhérer à une forme de bourgeoisie culturelle. Et j’ai l’impression que les personnages de la BD ont justement été confrontés à ça, qu’ils sont entrés à l’intérieur de ce système.


Sixtine : Oui, carrément. Et il y a même plein de mecs qui s’identifiaient au personnage, par exemple.


CNB : Avant Sibylline, ton travail était déjà très politique. Thermostat 6, réalisé aux Gobelins en 2018, transforme la crise climatique en huis clos familial, et tu as ensuite travaillé avec plusieurs collectifs militants comme Artists for Climate ou les Artistes Alertes. Il y a pourtant un changement assez radical entre dénoncer une catastrophe collective et suivre intimement une jeune femme qui cherche sa place dans le monde. Est-ce que tu as découvert, en passant de l’activisme à la fiction, que raconter à travers une seule personne peut parfois être politiquement plus puissant que de vouloir expliquer tout un système ?


Sixtine : Oui. En fait, je pense que les deux sont utiles et qu’ils se complètent. Ce n’est simplement pas le même travail.


Et parfois, ça fait du bien d’alterner entre les deux : travailler sur le temps long, puis travailler sur le moment, suivre un agenda politique, être dans l’action immédiate.


Par exemple, pendant des actions de désobéissance civile, j’ai beaucoup été sur le terrain. J’ai fait face à la police, j’ai fait face à des investisseurs qui te marchent dessus quand tu bloques une assemblée générale…


Il y a plein de moments comme ça qui sont extrêmement drainants sur le coup. Et tu as aussi envie d’avoir un engagement qui puisse être multiforme, qui puisse parfois s’inscrire dans le temps long.


Pendant les deux années où j’ai dessiné la BD, par exemple, je n’ai pas vraiment pu faire d’activisme de terrain, de désobéissance civile. Mais j’étais quand même assez sereine parce qu’au fond, je savais que j’étais en train de faire quelque chose qui pouvait malgré tout remuer les gens.


Peut-être que cela pouvait faire bouger des lignes sur un autre sujet, complètement différent, mais qui est pourtant très relié à celui-là sur plein d’aspects.


Parce que la justice climatique, on ne peut pas vraiment la penser sans la justice sociale, sans le féminisme et sans la lutte pour l’égalité économique. Il y a plein de choses comme ça qui finissent par faire sens ensemble.


Et puis il y a aussi quelque chose d’intéressant : quand j’étais activiste en désobéissance civile, je mettais du mien, je mettais mon corps dans l’action. Mais, en réalité, je faisais quelque chose que beaucoup d’autres personnes auraient pu faire.


Alors que, quand je fais une BD, je fais quelque chose que beaucoup moins de gens savent faire. C’est une compétence que j’ai travaillée pendant des années, notamment au cours de mes études, et j’ai l’impression que c’est une compétence que je peux apporter, qui a une valeur particulière dans ce domaine-là.


Et ça fait résonner les histoires différemment aussi.


Je pense que c’est hyper important d’avoir des récits intimes qui racontent aussi de la politique.


C’est quelque chose qui m’a beaucoup questionnée pendant mes études : essayer de trouver la meilleure manière, à travers le cinéma, l’art, le dessin et les histoires, de convaincre. De trouver des formes qui puissent convaincre aussi bien, voire mieux, que les formes plus directement militantes.


Parce que, parfois, on galère aussi. On peut être tenté de rester dans le discours ou dans l’argumentation sur certains sujets.


Et pourtant, il y a plein de films qui m’ont donné ces étincelles de compréhension, ce sentiment de me dire : « Ah, peut-être que c’est comme ça. » Il y a eu, par exemple, les films de Miyazaki.


Je ne sais pas si vous connaissez 120 battements par minute ?


CNB : Si, bien sûr.


Sixtine : C’est vraiment ce film-là qui m’a beaucoup marquée, parce qu’il passe par l’intimité des activistes et par la manière dont leur lutte traverse leurs corps.


Il montre comment ils célèbrent leurs victoires, comment ils se battent au quotidien, comment le militantisme s’inscrit dans leur vie intime. Tout est mêlé.


Et, en fait, c’est une histoire qui est hyper prenante, dans laquelle tu es vraiment pris aux tripes.


Ce n’est pas simplement quelqu’un qui va venir t’expliquer le fonctionnement du système des entreprises pharmaceutiques à l’époque. Ce n’est pas seulement un exposé sur le sujet.


C’est une histoire qui te fait ressentir les choses.


Et c’est vraiment l’outil que j’aime bien utiliser en ce moment.


Kim : Surtout que tout le militantisme, toute la théorie qui peut entourer ces sujets, ça peut faire peur à beaucoup de gens. J’ai l’impression que passer par la fiction, planter des graines, permet aussi de ne pas avoir à être exhaustif sur un sujet.


Et j’ai l’impression que tout part aussi de là. Comme tu le disais à propos d’Emi Asaki, tout part un peu de ces récits qui viennent planter des graines.


Et j’ai l’impression que, par exemple, sur le travail du sexe, c’est un sujet qui reste vraiment peu connu. Même dans les écoles d’art, chez les gens qui aiment la BD, même parmi des personnes qui s’intéressent à la politique, il y a quand même des sujets qui restent relativement obscurs.


Sixtine : Après, il y a toujours un risque avec ce principe-là : c’est que la fiction puisse être interprétée de manière très différente selon les personnes.


Si tu n’es pas suffisamment précis, si tu es trop dans l’allégorie, les gens peuvent ne pas comprendre ce que tu racontes. Ils peuvent même s’identifier aux mauvais personnages.


Tu vois, par exemple, Elon Musk qui s’identifie aux rebelles dans Star Wars.


Tu te dis : « Mais mec, il n’y a peut-être pas une personne sur Terre qui est mieux placée pour être Dark Vador dans cette histoire. » 


Il y a beaucoup d’œuvres populaires comme ça qui sont reprises par l’extrême droite. American History X, par exemple, il y a beaucoup de choses comme ça. Joker, totalement. Et qui sont complètement détournées. C’est un risque inhérent à la fiction.


Et c’est aussi pour ça que je trouve intéressant de faire les deux.


Ma BD, je l’ai beaucoup accompagnée, notamment dans la promotion. J’ai ajouté un texte explicatif à la fin parce que je trouvais que c’était nécessaire d’apporter des éléments de contexte, des justifications, des chiffres.


Parce qu’il y a aussi cette nécessité de rendre explicite ce que la fiction ne peut pas toujours dire toute seule.


Et oui, c’est aussi un travail de communication, de médiation : comment est-ce que tu vas parler de la BD ? Comment est-ce que tu vas accompagner ce que tu racontes pour éviter que le propos soit mal compris ou récupéré ?


C’est important pour moi parce que la fiction peut ouvrir une porte, provoquer une émotion, planter une graine, mais elle ne peut pas tout expliquer.


Et c’est justement pour ça que j’aime l’idée de l’accompagner avec d’autres formes de discours, plus documentaires ou explicatives, qui permettent de préciser ce que l’histoire, elle, choisit de raconter par l’intime.


CNB : Tu viens de l’animation, où une image est toujours pensée avec son mouvement, son rythme, son hors-champ. Puis tu as réalisé Sibylline, presque à l’inverse : en dessin traditionnel, en noir et blanc, à l’encre et au fusain, avec des cases qui obligent le lecteur à construire lui-même le temps entre les images. Qu’est-ce que la bande dessinée t’a permis de faire que l’animation t’interdisait, notamment dans les silences, les ellipses, les moments où il ne se passe presque rien, mais où, intérieurement, tout est en train de basculer ?


Sixtine Dano : C’est très bien dit. Je ne pense pas avoir conscientisé les choses exactement de cette manière, mais je crois que ce qui attire vraiment vers la bande dessinée les personnes qui viennent de l’animation, c’est cette possibilité de pouvoir s’exprimer pleinement.


Parce que dans le cinéma d’animation, tu es avant tout un technicien, une technicienne. Tu es une petite main dans un rouage, au sein d’une industrie qui est soumise à énormément de contraintes économiques.


Je le vois d’autant plus aujourd’hui que je suis justement en train d’adapter Sibylline en film d’animation. Ce sont des budgets absolument démesurés. Il faut trouver des financements, convaincre beaucoup de personnes, passer par énormément d’étapes avant de pouvoir valider un projet.


Kim : Tu as des étapes, des validations avant que ton projet puisse réellement exister. En fait, l’auteur n’a jamais complètement la main sur ce qu’il fait.


Sixtine Dano : C’est ça. Il faut faire des concessions avec énormément de décideurs et de décideuses. Tu dois constamment penser à un marché.


À l’inverse, ce qui est vraiment formidable avec la bande dessinée, c’est qu’en France, nous avons la chance d’avoir un très bon lectorat, notamment pour la bande dessinée et le roman graphique. Et nous avons aussi un lectorat adulte très important, ce qui n’est pas forcément le cas dans tous les pays.


Cela permet une grande variété d’œuvres. Il existe aussi, en France, une véritable culture de l’auteur, qui est assez rare ailleurs. Aux États-Unis, par exemple, la bande dessinée est davantage organisée autour de comics, de marques, de personnages ou de grandes sagas, un peu comme au cinéma.


En France, cette culture de l’auteur est vraiment géniale. Et puis, je pense aussi que la bande dessinée est relativement peu coûteuse à produire. Il faut rémunérer l’auteur, produire le livre, mais cela reste un investissement qui n’est pas énorme pour une maison d’édition. Du coup, lancer quelqu’un de nouveau représente finalement assez peu de risques pour elle.


Si la personne fonctionne, c’est formidable : ils peuvent ensuite construire quelque chose autour d’elle. Et si ça ne marche pas, ce n’est pas une catastrophe économique.


Donc, lorsqu’on a un projet très créatif et qu’on sait à peu près raconter une histoire, je trouve que c’est relativement facile de se lancer. Bon, peut-être que je dis ça avec une certaine forme de privilège, parce qu’il y a évidemment énormément de personnes qui galèrent.


Mais j’ai l’impression qu’on nous fait assez facilement confiance et, surtout, qu’on nous donne beaucoup de liberté. On peut raconter l’histoire qu’on veut.


En tout cas, moi, avec mon éditrice, j’ai eu très peu de contraintes. J’ai vraiment pu raconter l’histoire que je voulais. Je n’ai eu absolument aucune censure.


Alors qu’au cinéma, tu te retrouves constamment à devoir te demander si telle ou telle chose va être acceptée. Par exemple, récemment, on m’a dit, à propos du design de Raphaëlle : « On voit un peu son ventre parfois. Est-ce qu’il faut qu’on en discute ? Est-ce qu’il faut faire un choix ? »


Mais enfin, les crop tops, le débat est quand même dépassé depuis des années !


Donc oui, je pense que c’est davantage cette liberté qui m’a attirée vers la bande dessinée.


Après, concernant le temps, le mouvement, tout ce qui constitue le langage de la bande dessinée, c’est évidemment quelque chose qu’il faut réapprendre. Mais ce n’est pas si compliqué, parce qu’avant de faire de l’animation, au cinéma, on passe par le storyboard pour faire bouger les personnages, et le storyboard est finalement très proche de la bande dessinée.


Tu peux ensuite faire un storyboard qui est vraiment pensé pour la BD : déformer les cases, les faire partir dans tous les sens, jouer énormément avec leur forme et leur rythme. Moi, je ne le fais pas encore énormément, parce que je n’ai pas encore pris cette liberté complètement.


Mais si tu suis les règles classiques du storyboard au cinéma, tu peux déjà faire une très bonne bande dessinée.


Kim : J’avais justement une question qui vient un peu en complément. Je ne sais pas si ça a été ton cas, mais j’ai l’impression que le milieu de l’animation est tellement compliqué en ce moment qu’il y a beaucoup d’artistes, d’auteurs et d’autrices qui développent plusieurs casquettes et exercent plusieurs métiers artistiques.

Je me demande donc à quel point cette multiplicité est répandue dans le milieu de l’animation.


Sixtine Dano : Il y a une blague, dans l’animation, qui dit que chaque animateur a son projet de bande dessinée dans un tiroir. C’est un peu ça : chacun avance avec son projet personnel à côté.


Kim : Et c’est peut-être aussi un espace de respiration, comme tu le disais, où il y a moins de contraintes.


Sixtine Dano : Oui, vraiment. C’est un espace d’expression de soi, de liberté… et aussi, en réalité, de gloire. Parce que quand une bande dessinée fonctionne, c’est toi qui récoltes les lauriers. Alors que dans le cinéma d’animation…


Même si ton film fonctionne, tu n’es pas forcément la personne qui va être mise en avant.


Je ne sais pas exactement comment fonctionne la promotion dans le milieu du cinéma, mais en bande dessinée, tu vas rencontrer ton public, tu fais des dédicaces. Quand tu reçois un prix, c’est toi et ton éditrice, mais c’est surtout toi.


Sauf évidemment lorsque tu travailles avec un scénariste, auquel cas vous partagez cette reconnaissance. Mais c’est vraiment très agréable comme accomplissement.


Et puis un livre, c’est aussi un objet qui est extrêmement valorisé, qui existe physiquement, qui reste là.


Un film, c’est quand même beaucoup plus immatériel. Aujourd’hui, on n’a plus forcément les cassettes ou les DVD : c’est un fichier sur un ordinateur ou quelque chose qui existe sur une plateforme.


Alors qu’un livre reste là. Je pense qu’il y a énormément de gens qui ont, dans leur liste de choses à faire dans leur vie : « Faire un livre. »


Kim : Bien sûr. Je pense que tous les créatifs aiment aussi le matériel. Les objets, les beaux objets, les belles choses.


Sixtine Dano : Totalement. C’est une certaine forme de matérialisme ! On va pouvoir choisir la couverture souple ou rigide, décider si ça brille…


CNB : Raphaëlle arrive à Paris pour étudier l’architecture. Elle veut donc, littéralement, apprendre à construire des espaces, une ville, quelque chose qui lui appartienne. Mais elle se retrouve progressivement à habiter des espaces dessinés par d’autres : chambre d’hôtel, appartement, restaurant, lieux de rendez-vous, des espaces dans lesquels les rapports de pouvoir semblent déjà, en quelque sorte, écrits. Est-ce que ce choix de l’architecture était conscient comme métaphore ? Et surtout, est-ce que Sibylline raconte aussi une jeune femme qui cherche à construire sa propre vie alors qu’elle découvre que les espaces dans lesquels elle évolue ont déjà été pensés par et pour d’autres personnes ?


Sixtine Dano : Oui, c’est intéressant. À la base, l’architecture vient aussi de quelque chose de très personnel. J’ai toujours adoré les espaces. J’ai toujours aimé décorer, dessiner des décors. Quand j’ai commencé dans l’animation, je faisais énormément ça.


J’ai toujours adoré les maquettes.


Et puis, quand j’étais petite, je voulais être architecte. On m’avait dit : « Tu vas t’emmerder, tu ne pourras pas faire les dessins comme tu veux. » Moi, je voulais être architecte écologique.


On m’avait expliqué que la société n’était pas encore vraiment faite pour qu’on puisse, en tant qu’architecte, exercer comme ça. Alors qu’en réalité, aujourd’hui, je pense que j’aurais très bien pu le faire. Il y a énormément d’architectes qui sont spécialisés dans ces questions-là.


Mais je ne sais pas. En tout cas, l’espace est quelque chose de très important pour moi. J’aime être dans de beaux endroits. Et oui, il y a évidemment cette notion d’espace, de construction, de construction de sa propre vie. À un moment dans la BD, Raphaëlle dit d’ailleurs qu’elle a du mal à construire. Elle parle de sa relation avec son copain, mais elle parle aussi de son projet à l’école.


Et puis il y a aussi l’espace de la ville, comme tu le dis, qui est un espace dont elle va progressivement comprendre qu’il est extrêmement segmenté.


Il y a son quartier à elle, plutôt du côté de Barbès, très vivant, et puis, à côté, il y a les quartiers dans lesquels elle se rend lorsqu’elle est escort.


Il y a notamment le trajet en métro qu’elle fait, avec le métro aérien. Elle part, et tout change.


Les gens dans le métro changent.


Et c’est quelque chose que j’observe beaucoup à Paris. C’est assez drôle parce que je l’ai un jour observé de manière extrêmement violente. Ça m’avait vraiment marquée, et je l’avais noté dans mes notes alors que j’étais justement en train d’écrire ma BD.


À l’époque, je faisais une action de désobéissance civile. On était allés bloquer une assemblée générale de Total. On s’était balancé quelque chose qui ressemblait à de la mélasse dessus, pour représenter le pétrole. On s’était littéralement couverts de mélasse, puis on s’était fait gazer. C’était horrible.


Et je me souviens qu’une fois l’action terminée, je suis rentrée chez moi. Je suis allée prendre mon vélo. J’étais dans un quartier situé à quelques rues de là, vers la salle Pleyel. Et je me souviens être allée chercher mon vélo avec encore un peu de mélasse sur moi. C’était dégueulasse.


Je n’avais pas pris mon téléphone parce que, dans ce genre d’actions, il vaut mieux éviter de l’avoir sur soi au cas où la police vous arrête, puisqu’ils peuvent ensuite prendre le téléphone, regarder ce qu’il contient, etc.


Donc j’ai demandé à quelqu’un dans la rue si cette personne pouvait m’indiquer où se trouvait mon vélo. Et vraiment, j’ai eu énormément de mal à trouver quelqu’un qui accepte simplement de me répondre parce que je leur faisais peur.


Il n’y avait pratiquement que des gens très guindés autour de moi, et je me prenais un vent après l’autre. Alors que je voulais simplement demander le nom d’une rue.


Et là, j’ai vraiment ressenti une forme de mépris de classe extrêmement violent, qui m’est littéralement tombée dessus. Ça m’a immédiatement rappelé le sujet que j’étais justement en train de travailler dans ma BD.


Et c’est assez fou parce que parfois, à Paris, on ne se rend pas compte de ces différences. Ou peut-être que dans des villes plus petites, elles sont moins visibles.


Mais à Paris, ça peut être extrêmement flagrant.


CNB : Oui, totalement. C’est arrondissement par arrondissement. Même entre l’Est et l’Ouest, ce n’est pas du tout le même monde.


Kim : Et ce qui est difficile quand tu arrives à Paris, comme c’est le cas de Raphaëlle dans la BD, c’est justement de devoir te confronter à cet espace immense.


Mais en même temps, elle se confronte aussi à l’espace de l’intime.


Et puisque tu disais que tu aimais dessiner les décors, je me demandais aussi si, dans la BD, tu n’avais pas finalement développé un goût encore plus fort pour les scènes d’intimité, les scènes d’amour, les moments où les corps et les espaces se rencontrent.


Je trouve qu’il y a quelque chose de très intéressant dans la métaphore entre l’espace que l’on habite et l’espace intime que l’on construit avec les autres.


Et puis il y a aussi ce moment où Leïla se fait dire qu’elle est trop originale, qu’elle risque de ne pas avoir son année, notamment parce qu’elle pense les espaces autour d’elle d’une manière qui ne correspond pas à ce qu’on attend d’elle.


Je me demandais donc si cette dimension architecturale était un choix très conscient de ta part, si elle venait simplement de ton goût initial pour l’architecture, ou si tu avais également réfléchi à tout ce que cela pouvait raconter autour de l’espace intime, des relations et de la manière dont on construit sa vie.


Sixtine Dano : Oui, carrément. C’est lié. Je ne sais pas vraiment comment l’expliquer autrement, mais tu as très bien formulé les choses.


C’est aussi un espace que j’ai voulu voir les deux filles se réapproprier progressivement. Raphaëlle, par exemple, a l’impression de se réapproprier la ville en traversant ces différents quartiers, en ayant le sentiment d’obtenir une forme de pouvoir grâce à ce qu’elle fait. Mais c’est évidemment une illusion.


Ce n’est pas parce que tu traverses ces quartiers, parce que tu y gagnes de l’argent, que tu pourrais un jour réellement y vivre. Et malgré tout, au fur et à mesure, il y a quelque chose qui se transforme. Par exemple, c’est un tout petit détail, mais à la fin de la BD, Raphaëlle fait du vélo.


Et en réalité, je trouve que le vélo est un formidable moyen d’émancipation dans une ville. Rien que le fait de pouvoir voir la ville change beaucoup de choses. Quand tu es dans le métro souterrain, tu ne vois rien. Tu ne comprends pas vraiment comment les quartiers sont construits, comment ils s’enchaînent, comment ils se touchent.


Alors que lorsque tu circules à vélo, tu vois tout. Et il y a aussi Leïla, qui, à la toute fin, réalise des collages féminicides sur les murs.


C’est également une manière de se réapproprier la ville. Une ville qui peut être violente dans cette segmentation des classes sociales, mais aussi, évidemment, dans la vulnérabilité qu’elle implique face aux agresseurs. On le voit notamment à un moment dans la BD avec Raphaëlle, qui se fait suivre par un homme alors qu’elle travaille tard dans la nuit.


Donc oui, pour moi, tout cela est lié : l’espace, la construction, la ville, le corps, l’intime et finalement la manière dont on essaie de reprendre possession de sa propre vie.


CNB : Tu as commencé par faire de l’art militant, puis tu as raconté dans Sibylline une jeune femme qui cherche son autonomie dans un système économique et affectif qui la dépasse. Dans les deux cas, tu t’intéresses finalement à des individus qui essaient de reprendre du pouvoir sur leur propre vie. Alors j’aimerais terminer sur une question un peu personnelle : est-ce que tu crois aujourd’hui que l’art peut réellement émanciper, ou est-ce qu’il ne fait que nous donner, pendant quelques instants, les outils pour mieux comprendre les rapports de force auxquels nous restons malgré tout soumis ?


Sixtine Dano : Je pense que l’art est hyper émancipateur.


Je pense qu’il est aussi profondément cathartique. Tu peux réellement travailler des émotions, les évacuer, et en ressortir grandi, parfois même guéri. Et ce n’est pas uniquement le fait de faire l’œuvre qui est important. C’est aussi le fait qu’elle soit reçue.


Que des personnes la comprennent, qu’elles s’y identifient, qu’elles se sentent, à leur tour, comprises. Que le sujet soit partagé. À ce moment-là, on se sent vraiment moins seule.


Moi, par exemple, dans Sibylline, j’ai énormément mis de choses autour du complexe du corps. J’ai fait de l’anorexie lorsque j’étais au lycée et pendant mes études. Il y avait aussi tout ce besoin d’être valorisée à travers le regard masculin, à travers un regard sexualisant.


Tout cela, ce sont des choses que j’ai réellement travaillées à travers cette BD. Et ça m’a fait un bien fou de la sortir. Notamment parce qu’en la publiant, en la partageant avec les autres, je me suis rendu compte que je ressentais moins certaines de ces choses.


Il y a aussi le fait que tu rencontres des gens, que tu grandis, que tu évolues. Évidemment, il y a énormément de choses qui font qu’aujourd’hui ça va mieux. Et puis, en termes d’émancipation, il y a aussi quelque chose de beaucoup plus concret : l’émancipation financière. C’est assez étonnant à dire, parce que je n’aurais jamais pensé que ce serait la bande dessinée qui me permettrait de gagner de l’argent.


Mais en faisant une BD qui parle de précarité, je me suis finalement fait pas mal d’argent. En réalité, il est possible de vivre de la bande dessinée. J’ai aussi eu la chance de pouvoir cumuler cela avec l’intermittence. Donc, pendant la réalisation de la BD, j’ai pu payer mon appartement à Paris. Et aujourd’hui, je touche des droits d’auteur. C’est aussi une forme d’émancipation.


Si cela continue, peut-être qu’un jour je pourrai même acheter un appartement ou quelque chose comme ça. Donc l’émancipation n’est vraiment pas seulement émotionnelle.


Et je trouve que c’est hyper important que les autrices et les femmes artistes puissent aussi s’émanciper par ce biais-là, et plus largement que les personnes qui se trouvent dans des situations de vulnérabilité économique puissent avoir accès à cette forme d’autonomie.


Oui, c’est sûr que ça reste limité. Ce n’est pas une œuvre d’art, à elle seule, qui va changer le monde. Je pense plutôt que c’est une sorte de collection de toutes ces œuvres qui vont, ensemble, former un récit collectif, dont il faut ensuite que les gens parlent. Et ce n’est pas non plus parce que tu as créé un récit que les choses vont nécessairement changer.


Mais en réalité, il y a énormément de fronts sur lesquels il faut travailler ensemble. L’art peut être l’un de ces fronts. L’activisme peut en être un autre. La politique, les luttes sociales, les changements économiques aussi.


Tout cela doit fonctionner ensemble. Et puis voilà. La lutte continue. Toujours.

bottom of page