Rencontre avec Emmanuelle et Laurène : un duo fleuri et optimiste.



Pour clôturer notre série de portraits consacrés aux métiers touchés par la Covid_19, nous voulions mettre en lumière deux femmes. L’une est fleuriste, l’autre est weeding planner. Rencontrées pendant le deuxième confinement, elles nous ont touchés par leur ténacité, leur acharnement et leur message d’espoir. Voici l’histoire d’une année face au Covid, d’Emmanuelle Fabre et de Laurène Bazot, main dans la main.


Mon attestation de déplacement en main, me voici prête à rencontrer Emmanuelle Fabre, 32 ans et Laurène, 29 ans. L’une est fleuriste depuis dix-neuf ans, l’autre est weeding planner à son compte depuis un peu plus d’un an. Nous avions échangé sur leurs situations face au Covid_19 et j’avais envie d’en savoir un peu plus sur elles. Arrivée sur le lieu de rendez-vous, la boutique d’Emmanuelle, j’avais un sentiment de nostalgie que vous avez surement éprouvé durant cette année 2020. Vous savez, cette madeleine de Proust lorsque vous passez devant un bar, une discothèque, un théâtre. Un sentiment impromptu dont seule l’année 2020 détient le secret. Une émotion quelque peu sotte, que personne n’aurait pensé éprouver un jour. A l’image de ce sentiment décuplé par cette invitation à rentrer dans un commerce qui pourtant ne pouvait accueillir aucun public à cette période-là du deuxième confinement. À peine la porte ouverte, je me laisse volontiers envouter par les parfums de roses entremêlés à ceux des pivoines. Le moment est jubilatoire. Pourtant, ça ne tient qu’à peu de chose : quelques douces notes de « la vie d’avant ». A peine installée, un homme m’emboîte le pas et dit vouloir commander « des roses, un cadeau pour moi-même, j’en ai besoin ». Laurène s’occupe de sa commande, tandis qu’Emmanuelle file terminer une livraison. « Les gens n’ont pas encore le réflexe, ils ne comprennent pas qu’on ne puisse plus entrer dans la boutique et que les commandes se font désormais en click and collect » m’explique-t-elle, peu étonnée de cette situation apparemment fréquente. Le temps de cette livraison, Laurène et moi prenons place pour échanger déjà quelques mots. Cette jeune weeding planner m’explique avec enthousiasme donner un coup de main à Emmanuelle depuis quelques semaines, n’ayant plus de mariages à organiser. A l’évocation de cette collaboration, Laurène m’esquisse plusieurs sourires cachés derrière son masque brodé « je thème », nom de l’agence qu’elle a fondée. De retour, Emmanuelle nous installe confortablement et nous débutons notre échange, entre roses et pivoines.



Emmanuelle Fabres a 32 ans. Fleuriste depuis 19 ans, elle possède sa boutique neversoise depuis maintenant 8 ans. Elle a affronté 2020 avec acharnement et passion, deux mots qui la caractérisent plutôt bien. « Au premier confinement, j’ai fermé boutique pendant quinze jours car je n’avais aucune solution pour me réapprovisionner. Les producteurs étaient à l’arrêt complet. Au bout de cette quinzaine de jours, Rungis a rouvert ses portes, les producteurs ont redémarré. J’ai de suite sauté dans mon camion ». Quelques mois plus tard, le couperet tombe : après la Toussaint, les fleuristes fermeront leurs portes et ne fonctionneront que par click and collect. Une deuxième fermeture que cette jeune fleuriste a eu plus de mal à encaisser « on ne pensait pas être confinés une deuxième fois donc se projeter et garder espoir devient difficile. On travaille mais au jour le jour ». Lorsqu’Emmanuelle continue de me raconter tout ce qu’elle a mis en œuvre pour continuer son activité, on sent chez elle un courage inouï et une détermination inébranlable. « J’ai transféré les appels sur mon téléphone personnel, j’ai toujours un stylo sous la main pour ne louper aucune commande, je propose le click and collect, la livraison, j’ai mis en place un site internet, un e-shop… », autant d’efforts qu’elle déploie seule, ayant dû mettre ses deux apprentis au chômage partiel. Ceux qui lui ont permis de tenir sont ses collègues commerçants de Nevers, que je cite à sa demande, pour leur rendre un hommage chaleureux : Sophie Lariche et Gaetan Deutschler, des noms qui ne parlent peut-être pas à tous, mais dont le soutien a beaucoup touché Emmanuelle. Ce sont des commerçants neversois qui ont aussi été impactés par la crise sanitaire et qui, pour autant, n’ont jamais faibli devant tant d’épreuves. Ils se sont serré les coudes, les uns proposant leurs vitrines aux autres. Tandis qu’elle décorait de fleurs les vitrines de la boutique de prêt-à-porter de Sophie, les siennes étaient remplies des produits pharmaceutiques de Gaétan. Une solidarité sans laquelle ces commerçants n’auraient pas tenu le coup. « Ça a donné aussi du baume au cœur aux clients, de passer devant ces vitrines décorées pour les fêtes, avec des couleurs vives, des allures fantasques », un semblant de vie essentiel à chacun. « Un qui donne reçoit » m’apostrophe Emmanuelle. Laurène rebondit de suite « Pour donner, ça, elle donne ! Emmanuelle me consacre beaucoup de temps et on s’entraide énormément. Il ne faut pas rester seule dans ces moments-là ». Laurène a 29 ans et ne supporte pas, vous l’aurez compris, la solitude. Jeune weeding planner, sa première année d’activité professionnelle s’est vite soldée par de nombreux bouleversements. Le mot mariage étant quasiment proscrit en 2020, Laurène s’est retrouvée cloitrée chez elle, ne sachant plus quoi faire de ses mains. « Durant ma formation, on avait des cours d’art floral. C’était mes préférés. Avec la Covid, j’ai été frustrée de rester chez moi à ne rien faire et de travailler sur mon ordinateur. Il fallait que je fasse quelques chose et Emmanuelle m’a prise sous son aile » ce à quoi la fleuriste s’empresse d’ajouter « Laurène m’apporte aussi beaucoup, elle m’aide sur la partie réseaux sociaux et me permet d’avoir de la visibilité tandis que je la forme sur les fleurs. » avant que Laurène ne conclue que « ce n’est pas pour apporter un service en plus à mes clients car c’est un métier à part-entière mais ça me permet d’avoir plus de compétences dans le domaine et de pouvoir les conseiller d’avantage sur leurs choix ». J’assiste ébahie à ce beau renvoi de balles qui confirme leur relation fondée sur l’échange passionné de savoir-faire.


Laurène Bazot est une femme que l’optimisme et la persévérance caractérisent. Partie de Nevers et de son emploi à la FNAC, elle a décidé de tout quitter pour réaliser son rêve : devenir weeding planner. « Problème : il n’y a que deux écoles en France et elles coûtent un bras », soit 10 000 euros l’année. Un obstacle qu’elle a surmonté non sans peine, après des mois d’acharnement à monter plusieurs dossiers d’aides financières. Des refus, des recours et une cagnotte plus tard, la voici partie avec son sac à dos en route pour l’école Jaëlys, à Paris. Durant cette année passée aux côtés des meilleurs formateurs, Laurène n’a fait que prouver sa persévérance, atout qu’elle a su garder face à ses premiers clients démoralisés. Gérer le meilleur jour d’une vie dans le pire des contextes qu’il soit, voici ce à quoi Laurène a dû faire face en 2020. En France, ce sont normalement plus de 200 000 mariages qui ont lieu chaque année. En 2020, ces mêmes chiffres ont été réduits en poussières, voyant la première année de Laurène réduite à néant : « je n’ai pu faire aucun mariage ». Le seul mariage qu’elle aurait dû organiser au mois de juin dernier a été reporté en septembre puis au mois de mai 2021, « sans grande certitude ». Au-delà du contexte sanitaire qui a empêché la tenue de nombreux mariages, les weeding planners se sont retrouvés de surcroit face à des clients n’ayant plus les moyens de payer leur engagement, « il y en a un qui aurait dû avoir lieu en septembre 2021 mais les mariés ont préféré le repousser à 2022 car l’un d’eux travaille dans le monde de la musique et n’a donc plus les moyens suffisants pour assurer cet engagement ». C’est un véritable travail d’ange gardien qu’elle a donc dû inévitablement assurer « le stress que procure l’organisation d’un mariage étant déjà très présent en temps normal, lors d’une pandémie mondiale, les angoisses sont décuplées. Je dois rassurer mes mariés dans un contexte anxiogène, je me rends d’autant plus disponible, parfois même jusque tard le soir, pour gérer leurs peurs de l’avenir ». Ajoutez à ça la gestion des prestataires, « une galère sans nom ! ». Tout mariage reporté ou annulé en 2020 se voit contraint d’additionner des frais de compensations « dus aux places qu’on prend sur 2021 et qui aurait pu être prise par d’autres… ». Le casse-tête ne s’arrête pas encore là. L’année 2020 s’ajoute sur les dates de 2021. Ce joli micmac doit satisfaire les mariés initialement prévus en 2021 et ceux qui ont dû reporter leur mariage.


Toujours optimistes, ces deux jeunes femmes m’assurent que cette année leur a permis « d’accélérer certaines choses. Ayant eu moins de travail, on se pose et on cogite. On réfléchit à demain. Quand on monte une entreprise, c’est toute une vie qui est en jeu. Il ne faut donc rien lâcher et il se dire qu’il y a toujours des solutions. C’est le moment de se réinventer ! ». 2021, fais-nous rêver !




Conseil du blog : En 2021, Emmanuelle Fabre et Laurène Bazot vous proposent de privatiser Chez PP, nouveau restaurant neversois. Soyez l’invité de votre événement rêvé, Laurène s’occupe de l’organisation et Emmanuelle se chargera du fleurissement de votre table.

En attendant l’ouverture de cette nouvelle adresse, vous pouvez commander en click and collect. Un seul mot d’ordre : foncez !



Site internet Laurène Bazot : https://www.xn--jethme-6ua.fr/

Site internet Emmanuelle Fabre : https://www.emmanuelle-fabre.fr/

Crédits photos : Lisa Derevycka.