La culture, reine du bal des confinés

Mis à jour : 9 mai 2020



Depuis l’apparition du COVID-19, la moitié de la population mondiale, - soit près de 3,5 milliards d’individus-, s’est retrouvée contrainte de se confiner et de limiter les liens sociaux qui régissent habituellement le quotidien. L’ennui, la solitude et l’angoisse ont été les premières émotions universellement partagées. Une nouvelle appréhension des liens sociaux et du contact humain était donc à revoir à l’aune d’une situation pandémique vécue pour la plupart comme un événement inédit. L’apparition de la solidarité s’est d’abord exprimée à travers les réseaux sociaux, élément clé pour permettre la parfaite conciliation entre lien et distance sociales. Très vite, la conceptualisation du temps offert par ce confinement donne naissance à de nouvelles activités. Avant même les innombrables ‘’lives’’ sport et confection de pain maison, on retrouve : les activités artistiques.

La culture, cette belle oubliée, devient alors la reine du bal des confinés.



« L’art m’a permis de sublimer mes angoisses et mes peurs », Mallory Virmont, éducatrice spécialisée et professeure de danse, Nevers.



Mallory Virmont, jeune éducatrice spécialisée de 23 ans, est confinée en Bourgogne depuis le début du mois de mars. Danseuse depuis son plus jeune âge, elle enseigne désormais le Hip-Hop au sein de l’école Art’Danse de Nevers (Nièvre). C’est naturellement que la danse devient alors son activité artistique principale durant ce confinement. « Danser, c’est ma manière à moi de me sentir libre, rassurée, apaisée ». Face aux angoisses liées à l’enfermement, exercer une activité artistique l’encourage à déverser ses émotions négatives. De cette pratique cathartique ressort de multiples chorégraphies qu’elle partage avec ses élèves, par le biais d’Instagram. « Je propose aux élèves et abonnés de suivre le ‘’challenge confinement Art’Danse’’ ». A travers la reproduction de défis artistiques, Mallory se sent investie d’une mission épicurienne, celle de divertir son audience et d’offrir un moment d’évasion. La culture devient alors un divertissement essentiel et par-là un moyen de s’extirper du quotidien anxiogène. « L’art me permet surtout de libérer mon esprit tout en me donnant un objectif ».

Le temps du confinement devient effectivement très vite un sujet de controverses. Tandis que certains prônent le droit à la procrastination, d’autres érigent l’apologie de la productivité. Mallory a tenté de trouver l’entre-deux idéal à son équilibre « Ce temps est un cadeau inattendu et je veux en tirer le meilleur. J’essaye donc d’en faire bon escient. Exit les heures allongées sur le canapé ! ». Cette notion de dépassement de soi l’amène donc à s’ouvrir vers d’autres horizons et notamment à profiter du temps qu’elle n’a pas l’habitude de s’octroyer pour approfondir ses compétences artistiques. « J’ai pris une « live class » avec la danseuse et chorégraphe Galen Hook, chose qui m’aurait été impossible de faire dans un autre contexte. Ce confinement m’a donné l’opportunité de participer à ce cours virtuel alors même que je n’en aurais jamais eu, ni le cran, ni le temps ».

C'est avec positivité que la dynamique danseuse invite « tout le monde à profiter de cette période pour sortir de sa zone de confort tout en profitant de la sécurité de son foyer. Il est temps de faire ressortir quelque chose de positif de cette crise. Allons chercher cela au fond de nous. La culture est l’outil parfait pour nous y aider ».



« La peinture est une manière d’être, la tentation de respirer dans un monde irrespirable », Anthony Gralhien, designer et plasticien, Dijon.


C’est sur ces mots du peintre Jean Bazaine, qu’Anthony Gralhien, designer et plasticien, rythme son quotidien de confiné. Transformé pour l’occasion en atelier de création, son appartement dijonnais est désormais devenu sa seule échappatoire. « Quitte à être confiné, je veux que ce soit bénéfique. Je peins et dessine au moins quatre heures par jour, en plus de mon activité de designer. C’est une période où chaque moment compte. Le possible ennui n’existe pas ».

Habituellement en train d’alimenter leurs inspirations par le lien qu’ils entretiennent avec la vie extérieure, les artistes sont aujourd’hui contraints d’appréhender leurs activités de manière différente. « L’architecture et la ville sont mes sources d’inspiration depuis toujours. Ça et le vivant. Les gens, la nature, la faune, la flore, les couleurs, les formes, les saisons, les journées, les lumières… Je les prends en photo, les note dans mes carnets, ce qui est impossible de faire aujourd’hui. Ce confinement modifie entièrement mon processus de création ». C’est finalement dans les souvenirs et la mémoire de l’extérieur qu’Anthony puise désormais son inspiration « J’ai grandi avec un père qui a toujours porté un grand soin et un grand intérêt à son jardin. Tout y est soigné, coloré, taillé. C’est le manque de cette nature qui me pousse aujourd’hui à la peindre ».

A l’instar de Mallory, Anthony considère sa pratique artistique comme un besoin « d’extérioriser et de s’échapper ». Continuer à pratiquer une activité artistique s’accompagne alors d’un sentiment thérapeutique « ça me permet de matérialiser mes angoisses en les jetant sur le papier. Ma pratique artistique me sauve ». Si la pratique artistique et culturelle est salvatrice pour les artistes confinés, elle l’est également pour le personnel hospitalier. « J’ai décidé d’allier mon besoin de productivité personnelle avec le besoin d’aider en participant à une vente caritative d’œuvres de designer lancée par TheArtDesignlab ». Nombreux sont les artistes qui ont profité de « Design x life » pour permettre à la culture d’être un levier dans l’aide à l’AP-HP. 100 % des fonds récoltés lors de ces ventes leurs sont reversés. La culture est incontestablement devenue un lien solidaire et social durant la période de confinement. Professionnels mais également amateurs sont mis à contribution, tels que les clients de la Friperie des Copains, friperie neversoise contrainte d’arrêter toute activité depuis le début de la pandémie. Anthony Gralhien collabore depuis le début avec ses fondateurs, notamment pour leurs visuels. Sur Instagram, ses dessins sont mis à disposition des clients (ndlr friperiedescopains), ce qui leur permet de les colorier, peindre et même redessiner. Une activité artistique qui a connu un grand engouement dont se réjouissent les créateurs.

© Anthony Gralhien / © La friperie des copains


Quant à Anthony, c’est avec enthousiasme qu’il conseille à tous de continuer à considérer les activités artistiques et culturelles comme de possibles liens sociaux bénéfiques durant cette crise sanitaire. « Il y a tellement de choses à découvrir, même enfermés chez soi. Regarder des films, des documentaires, faire des visites virtuelles de musées, écouter des podcats, il y a pléthore de solutions pour soutenir la culture », un message d’espoir face aux fermetures contraintes des lieux culturels dont nous ne connaissons pas encore, à ce jour, la durée.


« La culture nous propose autre chose qu'une fuite : elle nous permet de respirer », Loïc Chabrier, comédien, Bordeaux.

© Corentin Laplanche-Tsutsui


Confinement ou non, pas grand chose ne diffère dans le quotidien du comédien Loïc Chabrier, confiné à Bordeaux. « Je continue à travailler de chez moi, ce que je faisais déjà en temps normal ». Ayant toutefois été contraint d’arrêter ses représentations théâtrales, il en profite pour exercer son travail de metteur en scène, de comédien et d’écrivain à travers différentes activités culturelles. « Je m’affaire à créer plusieurs choses. Je suis en train de créer un collectif prénommé « rivage » - qui s’interroge sur les questions de dérèglement climatique, d’effondrement et de collapsologie -, une pièce de théâtre, un podcast et j’enregistre un livre ». L’ensemble de ces projets artistiques ont un but : se confronter à la réalité de la crise actuelle. « Ils m’obligent à remettre en question nos choix de vie, sur ce qu’il se passe ». Loin d’être pour lui un moyen de contourner la réalité, c’est a contrario face à elle que Loïc se confronte. « Ces pratiques artistiques ne me permettent pas de m’échapper puisqu’elle abordent les thèmes attraits à la situation de crise dans laquelle nous sommes. » L’après-crise obsède le comédien et éveille sa conscience. « La culture, au contraire, nous permet plus que jamais d’être au cœur de ce qu’il se passe en ce moment ».


On peut choisir de consommer une œuvre d'art comme un produit de divertissement. Par divertissement, on peut entendre ici l’action de divertir momentanément de ce qui préoccupe l’attention. Elle peut cependant se déclarer comme moyen de réflexion essentiel. « Elle nous éclaire, nous apporte de la lumière mais n’est pas une échappatoire. Dans le cas du visionnage d’un film par exemple, lorsqu'il y a un décalage trop important entre la réalité et ce qu’on regarde, qu'on essaye de s’échapper en le regardant : cela signifie que le divertissement ne suffit plus. Dans ce contexte, la culture nous propose autre chose qu'une fuite : elle nous permet de respirer ». La fameuse « tentation de respirer dans un monde irrespirable » de Jean Bazaine.


Pour tenter de respirer par le biais de la culture, Loïc Chabrier a créé son Podcast qu’il partage via Instagram (Un_con_finement). Chaque jour, le comédien publie une chronique qui transpose la colère « d’un confiné qui craint pour sa planète ». Cette colère, il la garde enfouie depuis le premier jour de confinement, « dès le départ, les réseaux sociaux sont devenus des raz-de-marée de posts en faveur du bénéfice qu’allait apporter le confinement. Le retour du lien entre soi et la nature, une fabuleuse occasion de se retrouver face à soi-même… il y a quelque chose d'absurde ! ». En réaction à ceux qu’ils considèrent comme des idéalistes du confinement, Loïc s’est insurgé dans le but de s’interroger. Au delà du fait qu’il ne considère pas ce confinement comme la parenthèse idyllique manquant à sa vie, Loïc profite de cette crise pour engendrer une remise en question commune. « Je veux informer les gens sur notre société et créer un débat ». Sa pratique culturelle s’apparente à la fonction de miroir social que peut avoir le théâtre. A travers le personnage colérique de ses chroniques et par sa dénonciation des moeurs sociétales, ce comédien fait de son confinement l’expression parfaite du théâtre moliéresque.


Parmi ses conseils culturels à user en confinement ou post-confinement, Loïc Chabrier met en avant les différents films de Miyazaki qui interrogent la place de l’homme face à la nature, ainsi que « Mélancolia » de Lars Von Trier. Côté théâtre, le comédien préconise la visualisation de la tentative de duo entre Laetitia Dosch et un cheval au sein de l’excellente pièce « Hate ». Enfin, si on veut participer au questionnement sur l’effondrement de la société avec Loïc, mieux vaut s’armer de lectures telles que « Comment tout peut s’effondrer ? » de Pablo Servigne & Raphaël Steven dont le journaliste Clément Monfort s’est inspiré pour réaliser la série « Next » -disponible sur YouTube-, « Illusion financière » de l’économiste Gaël Giraud, ainsi que le roman de Jean Hegland « Dans la fôret ».



« La culture est avant tout un échange vivant, vibrant, un partage, un voyage à faire à plusieurs », Thomas Dutronc, musicien et chanteur, non loin d’Auxerre.


© Yoan Orhan


Il allait sortir un nouveau disque et un nouveau spectacle, puis tout l’en empêche. Thomas Dutronc a été contraint de tout arrêter et a choisi la campagne comme lieu d’exil. « Je suis à la campagne pas loin d’Auxerre. Jean Ferrat aurait pu aussi chanter « que la campagne est belle » ! Car elle l’est, tellement. Je ne suis vraiment pas à plaindre. Je me sens de moins en moins bien dans les grandes villes… ». C’est avec un goût amer que le musicien savoure ce temps long. « Je l’aurais tellement mieux vécu si cette épidémie était tombée à la fin d’une de mes longues tournées ! Après un an ou plus sur la route, à jouer, s’éclater sur scène et dormir en tourbus, le corps a besoin de calme et d’eau minérale et on a envie et besoin de s’isoler et de se reposer longtemps. Là hélas, quand c’est arrivé j’étais en plein boum, j’ai pris très peu de plaisir à ne « rien faire » ». Avant d’ajouter un casse-tête universellement partagé durant ce confinement : « Savoir ne rien faire, faut le faire, ce n’est pas rien ! »

Tandis que beaucoup s’interrogent sur ‘’l’après-confinement’’, vivre le ‘’pendant’’ rappelle au musicien à quel point l’avant était doux. « Je me rends compte avec ce que l’on vit combien j’aime passer des moments avec mes amis, boire l’apéritif en discutant, en écoutant de la musique. Mes copains me manquent cruellement, on passe tellement de temps tous ensemble à rigoler, à se stimuler… ». Se stimuler… c’est ce que Thomas Dutronc tente de faire tous les matins sur ses réseaux sociaux, à travers l’apprentissage de morceaux à la guitare « qui m’auront pris le plus de temps ! Car pour chanter une chanson tous les matins en direct, mine de rien, il faut éviter de trop se tromper. Et pour choisir une chanson il faut en essayer plusieurs… Et quand on en choisit une, il faut trouver ou vérifier tous les accords, corriger parfois les paroles mal retranscrites. Tout cela prend plus de temps que ce que l’on pourrait imaginer ». Depuis le confinement, nombreux sont les artistes qui se sont mis à diffuser leurs performances en direct de leurs réseaux. Pour Thomas Dutronc, les cours étaient le meilleur moyen de recréer cette proximité dont il était devenu nostalgique « Je ne savais pas trop comment aborder cette période et on a beaucoup parlé la première semaine avec mon label ( Blue Note - DECCA ). Beaucoup d’artistes commençaient à faire des lives depuis chez eux ou à enregistrer des chansons. Moi jouer seul, chanter seul, ou même avec des machines et des boucles, ce n’est pas mon truc du tout, je ne critique pas ceux qui aiment ça, c’est juste que je n’envisage pas du tout mon métier musical ainsi. Le partage avec mes amis musiciens est primordial pour moi. Et ensuite avec le public. J’ai besoin d’être émerveillé par ce que peuvent faire mes musiciens, besoin aussi d’être porté par les gens qui nous écoutent. Alors ça ne me disait rien de faire mes chansons devant l’iPhone. Mes chansons pour la plupart sont conçues pour être jouées en groupe, pour qu’elles soient des voyages, avec des ambiances, des sketches, des interactions, des solos… Et puis on a eu cette idée de cours de guitare qui m’a plue car du coup je pouvais explorer plein de chansons que j’aimais mais que je n’avais jamais eu le temps d’apprendre vraiment ».

Comme l’ensemble des acteurs du secteur culturel, la pandémie gèle l’ensemble du travail de Thomas Dutronc, « ce confinement m’empêche tout simplement de faire mon travail. Même si mille fois je me suis dit ‘’ah si j’avais le temps, je ferais bien ci ou ça, etc…’’, je me rends compte que j’ai besoin des autres pour me motiver, pour avancer. » D’autant que l’artiste a pour habitude de puiser son inspiration par le biais des liens sociaux qu’il entretient : « J’adore écrire des paroles avec des amis musiciens compositeurs, en étant physiquement avec eux. J’adore répéter. J’adore jouer. Bien sûr j’aime aussi faire des chansons seul, mais on va dire que chez moi l’accouchement est long, l’oeuf est gros à sortir, et j’ai souvent eu besoin d’une pression due à un timing pour pondre ! J’aime que la vie m’inspire. Et la vie actuelle ne m’inspire pas tant que ça… ». Si ces cours de guitare ont été sa principale source d’occupation durant ce confinement, il avoue y mettre un terme pour la date de déconfinement « Je vais arrêter mes cours le 11 mai pour essayer quand même de faire de nouvelles chansons à moi. J’en ai déjà pas mal de nouvelles composées avec des amis ».

L’approche artistique – confinée - de Thomas Dutronc raconte à quel point la culture ne peut se passer indéfiniment de l’absence de liens sociaux. « Pour moi la culture en isolement, ce n’est pas vraiment ça ! Mes plus belles émotions c’était lors de concerts, avec plein d’âmes vibrant en même temps… Pareil pour le cinéma. Pour apprécier un tableau je rêve d’être seul dans le musée, mais ça n’est pas arrivé non plus ! Alors évidemment il reste la lecture. Mais je n’ai pas eu le temps d’emmener beaucoup de livre… J’attends un Kobo ! Je devrais me mettre à Arte… J’avoue regarder très peu la télé ! J’aime être avec du monde, j’ai besoin d’être avec du monde ». Si les réseaux sociaux sont devenus un outil essentiel à la pratique artistique durant le temps confiné, ils dévoilent cependant très vite leurs limites. « En général, j’aime m’évader de la réalité que je trouve toujours un peu sordide, hélas. Grâce à la musique, grâce à l’alcool, grâce au rire… Les Facebook et autres réseaux et médias digitaux sont utiles et sont d’incroyables outils mais ne remplaceront jamais un bar avec des gens biens et intéressants. La culture est pour moi avant tout un échange vivant, vibrant, un partage, un voyage à faire à plusieurs ».

Ce voyage culturel, il convient de le faire durer tant les nombreuses relations entre l’art et les personnes en confinement démontrent l’absence de temps dédié à la culture en temps normal. « Les gens manquent-ils de temps pour s’intéresser aux arts ? Certainement ! Moi je passe un temps fou à penser à la musique, à en faire ou à en écouter et j’apprends encore mille choses ! Je suis encore un ignorant face aux géants de la Musique… Alors hélas, les gens qui n’ont pas le temps de faire comme moi, eh bien, ils écoutent parfois n’importe quoi ! ». À travers une ode à la musique, Thomas Dutronc tient ici à partager sa vision de l’apprentissage à travers l’ouverture à la culture, aux différentes cultures : « Hélas la France n’est pas un pays très bon pour l’apprentissage de la musique, notamment à l’école c’est plutôt très mauvais et on a perdu la pratique instrumentale chez les particuliers. Les français n’ont pas non plus un énorme groove naturel, contrairement aux anglo-saxons qui tapent tous naturellement le contretemps, qui swing 100 fois plus. On pense aux africains, aux irlandais, qui ont la musique dans leur culture, dans le sang, plus que nous. Heureusement, malgré cela, en France on a et on a eu énormément d’immenses talents. Mais pour vous donner un exemple j’étais sidéré d’entendre à un volume très puissant, dans un Bus navette à l’aéroport de Los Angeles en septembre 2019, un morceau instrumental disco de Georges Benson ( album mythique Breezin’ ) puis un jazz d’un swing fou de 1969 ( Zoot Sims album « Jazz and Live at Five ). Je n’ai pas envie de différencier les musiques, de faire des notes, mais enfin, pour moi c’est la bonne musique ! Duke Ellington disait « il n’y a que deux sortes de musique, la bonne et la mauvaise ».


© Yoan Orhan


Pour continuer ce voyage initiatique tel Candide, rien de tel que les conseils culturels de Thomas Dutronc à abuser sans modération, pendant et après confinement : « Pourquoi pas tous les films de Gabin ou De Funès comme j’ai vu que, par une belle initiative, France3 les proposait ? Si l’on parle ici de faire peut-être un petit effort, car souvent avec la culture il en faut un pour ensuite, arrivé en haut de la balade, pouvoir contempler un bel horizon, j’encouragerai les gens d’aller à la découverte de notre histoire musicale par exemple. Debussy, Ravel, Trenet, Django Reinhardt, mais aussi plus près de nous les Gainsbourg, Brassens, Souchon, Cabrel et même mes parents, j’en oublie plein certainement… ». La culture au service d’un plus bel horizon futur.



« La créativité donne à l’individu le sentiment que la vie vaut la peine d’être vécue » Donald Wood Winnicott repris par Béatrice Robinne, art-thérapeute, Colombes.


L’ensemble de ces différents témoignages de confinés prête une visée thérapeutique à la pratique artistique. Un lien avec l’art-thérapie ?

Béatrice Robinne, art-thérapeute à Paris et Colombes (92) affirme que « le confinement est propice pour rester en lien avec nous-même alors que dans la vie courante, habituelle, il est facile de noter, qu’influencé par le regard des autres et attiré par une multiplicité d’échanges et d’activités, on se disperse plus facilement vers l’extérieur. Le confinement est donc propice à redécouvrir en nous cette qualité d’être au monde, la créativité, pour se connaitre d’une autre façon ». A la différence de la thérapie traditionnelle qui s’appuie sur le langage verbal, l’art-thérapie s’appuie sur une médiation artistique. A travers la peinture, la danse, la musique, le théâtre, l’écriture, cette pratique tente d’introduire un détour par le biais de la production, « à noter qu’aucun savoir faire dans la pratique artistique n’est requis. Au contraire, cela pourrait empêcher la surprise et renforcer le contrôle. Ce n’est pas le résultat qui compte mais le parcours qui s’est mis en place, la transformation, le lâcher prise, qui s’est mis en place au rythme des séances ».

Durant cette période anxiogène, Béatrice Robinne préconise la pratique artistique, « par ce qu’elle apporte d’énergie positivie, de plaisir, de satisfaction narcissique et d’évasion ». L’art-thérapie étant exercé via un lien social essentiel, c’est-à-dire en présence du thérapeute, les activités artistiques pratiquées en confinement se rapproche plutôt « d’une activité plaisante et bienfaisante, pour s’évader à travers la fiction et la couleur, échapper à l’ennui, exprimer et faire parler ses émotions. C’est bénéfique à tout le monde ! ». Béatrice se réjouit de cette impulsion artistique et culturelle durant cet épisode pandémique « vous avez sans doute remarqué que c’est contagieux dans le bon sens du terme cette fois : sur Instagram, Pinterest, YouTube… On assiste à une explosion d’initiatives artistiques et c’est tant mieux ! Cela recréer une sorte de communauté créative et les personnes se sentent mieux malgré le confinement ».

Béatrice Robinne accepte de nous livrer plusieurs conseils et activités d’art-thérapie. « L’idée de faire une production ou un dessin par jour ou par semaine ( ça peut être un collage à partir de magazines, des taches de couleurs pour noter l’humeur du jour, lister ce qui est important pour nous et qu’on fera après le confinement, un polaroid du jour avec un croquis même simple) pour se souvenir de son état d’esprit et pouvoir revoir cette période plus tard avec du recul ; en tous cas, pouvoir poser son ressenti sur un support de son choix, reprendre les commandes, redevenir acteur pour lutter contre l’impuissance ressentie. Inventer, imaginer, laisser une trace de cette période particulière (dessin, collages, écriture, rêves retranscrits) pour la revisiter dans l’après-coup.

Avec des enfants, donner un adjectif ou un mot que chacun choisit à son tour (ballon, fleur, cuisine, fête, douceur) et les laisser s’exprimer à leur façon . Faire une carte postale en relief (à envoyer à un proche isolé) à partir de brindilles, feuilles, morceaux de carton (emballage alimentaire) collés pour recréer un paysage.

Un dernier conseil: 5 ou 10 mn de méditation quotidienne pour colorer la journée et orienter son état d’esprit positivement ».


La culture n’aura jamais été aussi présente que durant ce confinement. A travers les différentes activités artistiques et culturelles pratiquées par chacun, elle se révèle être plus qu’un simple outil de survie. La culture est un élan vital pour surmonter cette crise et par là, un hommage à ceux qui essayent de la sauver de cette noyade collective.

Plus que jamais, culture is the new black.

Discutons ! 

© 2020

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